• http-_p9.storage.canalblog.comLes livres dont je parle ou dont je vais parler sont à l’honneur…

     

    Après le silence, de Didier Castino (Liana Levi) figure dans la première sélection du Prix du style.

     

    Effraction, roman d’Alain Defossé (Flammarion) dont je vous entretiendrai sous peu, est dans la première sélection du Médicis.

     

    Vous lirez aussi très bientôt une note sur le deuxième livre que Gilles Sebhan consacre à Tony Duvert. Ce Retour à Duvert (Le Dilettante) est sélectionné pour le prix Décembre et pour le Renaudot « essais ».

     

    Enfin, Christine Angot, avec son Amour impossible (Flammarion), est sur la première liste pour le prix Décembre également et pour le Goncourt.

     

    En ce qui la concerne elle n’a plus besoin de rien, merci. Mais Alain Defossé, écrivain subtil et secret, et Gilles Sebhan, qui construit depuis des années une œuvre forte et cohérente, mériteraient de voir leurs efforts récompensés. On pourrait aussi se réjouir que soit honoré le premier roman de Didier Castino, dont j’ai dit à quel point je le trouvais original et rigoureux.


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  • http://www.cityzeum.comC'est ce qu'on appelle un roman irlandais. Souvent à tort, du reste : Colm Toibin ou Claire Keegan, par exemple, sont là pour nous rappeler ce que le pays de Yeats, de Joyce et de Beckett reste susceptible de donner à la littérature, loin des clichés. Mais ceux des lecteurs français qui ont tant apprécié Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon, risquent de trouver ici avec le même plaisir certains ingrédients attendus dès qu'on aborde sur l'île verte : nature (ici, celle du Donegal), collectivité paysanne obscurantiste, émigration, retour d'Amérique… Manquent cependant deux composantes essentielles : le catholicisme et l'Histoire. Or là est peut-être, pour une fois, le problème. En les évacuant, en laissant toute la place aux éléments, à la fatalité, aux forces obscures et, cela va de soi, éternelles, Paul Lynch se condamnait dès le départ à la célébration échevelée ou à la vaticination frénétique.

     

    Le sourire de la faux


    C'est d'ailleurs ce que certains aiment, apparemment : à propos du premier roman de l'auteur (Un ciel rouge, le matin, Albin Michel déjà, 2014), l'éditeur parle d' « âpreté lyrique » ; ce roman-ci, nous dit-il, est tout bonnement « pastoral, minéral et tellurique » ; la presse irlandaise et britannique ajoute « immensément puissant » et risque même « si beau qu'il est impossible de détourner les yeux ». On a un peu peur à la lecture de tels éloges. On a raison : « La tourbière descend des hauteurs en roulant ses intentions mauvaises » ; les montagnes sont « des créatures archaïques remuant dans leur sommeil » ; on rentre chez soi avec « le baiser de la rosée sur ses chaussures »… Les objets fabriqués aussi ont, comme dit le poète, une âme : ainsi, on brandit « le sourire étincelant d'une faux » et les pendules « commentent le silence (…) d'un clappement de langue ». Je pourrais continuer longtemps : tout vit, du coup rien n'échappe à la manie de la personnification. Il est vrai que, si on en croit The Guardian, Lynch retravaille « la langue vernaculaire » et que, selon The Irish Times, il « crée sa propre syntaxe ». Mettra-t-on alors tout sur le dos d'une traductrice qu'il faudrait supposer incapable de restituer sans ridicules la singularité poétique de l'original ? Je crains qu'il ne faille innocenter Marina Boraso. Le monde de Lynch, on nous l'a indiqué, est « minéral et tellurique ». Autrement dit, d'abord, pesant. Pour bien faire sentir au lecteur la violence et l'excès des puissances naturelles, le romancier irlandais s'époumone à proclamer page après page en gros caractères leur nature apocalyptique. Et ce ne sont que « puissance colossale lâchée sur la terre », « force épique », « monde très ancien (…) où l'humain n'a que peu de place ».

     

    Barney n'a pas de chance

     

    Tout le récit, d'ailleurs, est fondé sur un principe de répétition. En Amérique, Barnabas a travaillé sur les gratte-ciel dont se couvrait la New York de l'entre-deux-guerres, ce qui donne lieu à quelques belles pages pleines d'une poésie réellement aérienne. Mais hélas pour lui et pour nous, il est revenu avec femme et enfant s'enraciner dans son passé et dans la terre qu'il avait fuie adolescent. À partir de là on peut dire que cet homme n'a vraiment pas de chance. Ça commence par l'incendie de son étable. Accident ou malveillance ? La question n'a guère de sens dans un univers si fondamentalement malintentionné que même « la neige » y est « noire ». Toujours est-il qu'après cet événement déclencheur ça n'arrête plus, et le lecteur comprend vite que la seule question qu'il ait à se poser est celle de la prochaine catastrophe qui viendra s'abattre sur le pauvre Barney. Le récit de ces calamités, bien mené, énergique, vient mettre un peu d'animation malgré tout. Bagarres, charrette qui verse, abeilles se faisant exterminer par des guêpes, dès qu'il se passe quelque chose tout, si l'on ose dire, va bien. Mais Lynch revient toujours à l'accablant lyrisme qu'on est prié de considérer comme son point fort, et c'est reparti pour de longues pages pleines d'arbres maléfiques et de nuages malveillants… Ah, on aurait pu faire plus bref, bien entendu, le livre y aurait déjà gagné un peu. Mais voilà : minéralité, quand tu nous tiens… Le pavé était obligatoire.

     

    P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 20 août 2015 sur le site du Salon littéraire.

     


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  • Rencontre avec Michel Longuet

    Ce vendredi 25 septembre, Michel Longuet sera à L'Arbre à lettres Mouffetard. Les lecteurs parisiens de ce blog pourront l'y entendre répondre aux questions que Benoît Peeters lui posera à propos de son dernier livre, Le Divan illustré, publié par Les Impressions Nouvelles. J'ai parlé récemment de cet ouvrage qui mêle écriture et dessin dans une approche profondément originale.


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  • photo Pierre AhnneCe n’est pas une nouveauté. Mais l’étrange film d’Amos Gitaï, sorti en août 2015, incite à revenir sur ce court roman paru en 1983 (Belfond, 1989, pour la traduction française).

     

    À quoi tient l’extraordinaire puissance émotive de l’écriture d’Aharon Appelfeld ? Pourquoi est-on saisi par les plus simples phrases ? « L’hiver arriva, avec la neige » ; « Aucun nuage n’assombrissait le ciel, seulement des arbres et la tranquillité »… Des notations aussi limpides et étrangères à toute volonté de faire effet paraissent d’emblée chargées de mystère poétique et d’une signification étrangement religieuse.

     

    Un récit exemplaire

     

    La jeunesse tragique du grand écrivain israélien, la connaissance qu’on en a d’après ses livres1 contribuent sans doute de façon semi-consciente à expliquer ce sentiment. Mais seulement en partie. La force singulière des récits d’Aharon Appelfeld tient peut-être avant tout à ce que, sans jamais raconter à proprement parler son histoire ni l’horreur qui l’a traversée, il parle toujours dans l’ombre de cette expérience. À cet égard, Tsili est exemplaire. L’héroïne éponyme, une petite fille de douze ou treize ans, abandonnée par les siens « quand la haine se déchaîna », a miraculeusement survécu. Commence pour elle une longue errance par les champs et les forêts d’une région d’Europe centrale qui ne sera jamais située précisément. Elle travaille de temps à autre chez des paysans chrétiens qui la battent mais ne soupçonnent pas son origine. Marek, au contraire, avec qui elle partage un temps une vie précaire, sera identifié « à cause de l’apparence qui est la [sienne] » dès qu’il quittera leur abri, et disparaîtra, la laissant enceinte. La guerre s’achève, elle se joint à un groupe de rescapés des camps et s’embarque pour la Palestine.

     

    Pas un bourreau à l’horizon. La mort est sans cesse hors-champ, on est du début à la fin du livre après l’événement ou dans ses marges. Tsili survit en bordure de l’extermination, dont l’ombre portée l’enveloppe d’une présence monstrueuse et pour elle énigmatique. Sans amoindrir sa singularité inouïe, Appelfeld l’ouvre ainsi à sa dimension la plus universelle : c’est de la condition humaine qu’il parle, à partir d’une expérience qui la met à nu.

     

    Géhenne et Eden

     

    « Géhenne et Eden se mêlaient », dit le narrateur à propos de l’existence que mène à un moment donné son héroïne. Cette formule pourrait s’appliquer à tout le livre, où, à la misère omniprésente et à l’horreur pressentie, s’entrelacent le mystère du monde et le sentiment intense de la nature. « La nuit était claire et à la surface des grands champs de maïs brillaient des gouttes de lumière », lit-on par exemple ; et c’est toute l’étrangeté et la ténébreuse connivence des choses et des lieux qui se donnent à voir. D’autant plus sensibles qu’elles sont perçues par un personnage exceptionnel dans son obscurité, un de ces êtres simples mais touchés par la grâce que la littérature est-européenne s’est souvent attachée à dépeindre. Ceux qui approchent Tsili la regardent d’abord « comme on regarde un être stupide, dépourvu de la moindre pensée » ; mais c’est pour aussitôt se raviser et « lui lanc[er] un regard émerveillé ». Tsili n’a pas à proprement parler d’idées : ce sont les souvenirs, les voix passées, les sentiments soudain surgis qui la guident (« Elle éprouvait une nostalgie profonde, intense, qui la tirait comme un aimant »). Tout se fait sensation pour celle qui agit souvent « sans avoir conscience de ce qu’elle [fait] ». Et le monde autour d’elle devient un lieu curieusement magique, où règne l’atmosphère merveilleuse et cruelle des contes.

     

    Parmi les ombres

     

    La jeune fille est recueillie un temps dans « une chaumière à la lisière de la forêt », dont la propriétaire, une ancienne prostituée, l’observe « d’un regard lourd de sous-entendus » en lui tenant des propos dignes de la sorcière des frères Grimm : « Ta poitrine est développée. Mais tes jambes sont encore maigres. Il faut manger des pommes de terre ». Les fantômes, aussi, sont toujours prêts à surgir. « Des apparitions lointaines, hâves, méchantes » qu’on chasse en lançant « des injures à tous les vents », ou « des ombres tranquilles qui s’accroch[ent] aux arbres et dont la bouche ne profèr[e] aucun son » mais qui refusent de disparaître : « Le combat dura toute la nuit. Corps et ombres se battaient avec une violence silencieuse ».

     

    La frontière est poreuse entre le monde des vivants et celui des morts. Mais n’est-ce pas plutôt qu’il n’y a pas de frontière, et que la mort est partout pour ceux qu’elle a touchés et laissé inexplicablement continuer leur chemin ? Après avoir longtemps marché vers le sud, le groupe de survivants auquel s’est jointe l’héroïne parvient sur la rive d’un fleuve, où tous s’endorment profondément. Quand ils s’éveillent au bout de plusieurs jours, se débattant encore « dans les loques de leur sommeil qui gis[ent] à terre », sont-ils encore, ou à nouveau, dans le monde des vivants ? L’une d’entre eux résume : « La mort nous poursuivra partout. Nous n’aurons plus jamais de repos ».

     

    P. A.

     

    1 Voir, par exemple, Histoire d’une vie (Éditions de l’Olivier, 2004) ou, sur ce blog, Le Garçon qui ne voulait pas dormir (Idem, 2011)


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  • Le nouveau roman de Gilles PételLes plus anciens lecteurs de ce blog se rappellent sans doute qu’il en a existé une première version, que j’ai partagée un temps avec Gilles Pétel, ami et écrivain lui-même (voir Ce blog).

     

    Après Sous la Manche, roman qui eut les honneurs rares d’une traduction en anglais (Under the Channel, Gallic Books, 2014) et, de plus, ceux d’un tirage en poche (Le Livre de Poche, 2014), Pétel a choisi l’autoédition pour son dernier opus. C’est un roman qui s’intitule Exhibitions, se déroule dans le monde de l’art contemporain et fait, de l’aveu même de l’auteur, « le récit d’une passion obscène ». Comment résister ?...

     

    Pour voir la couverture, lire le prière d’insérer et acheter l’ouvrage, cliquer ici.


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