• http-_soocurious.comJ’ai déjà mentionné à deux reprises ce roman publié en autoédition (chez iggybook) par Gilles Pétel, avec qui j’ai partagé, il y a maintenant quelques années, un premier blog. Ménageant savamment mes effets, j’y reviens à présent pour en dire un peu plus…

     

    Tout se passe dans le milieu de l’art contemporain, dont le livre mêle la description au récit de la passion violemment érotique qui lie l’héroïne à un célèbre plasticien. Si on peut ne pas être totalement convaincu par ce dernier aspect, Gilles Pétel révèle dans le premier un vrai talent de satiriste et des dons évidents pour le comique. Une mention spéciale au récit d’une performance reconstituant Le Radeau de la Méduse sous forme de tableau vivant dans un hangar d’usine. On est au mois de janvier, le chauffage laisse à désirer, le ton monte parmi les figurants. Ambiance…

     

    À l’arrière-plan de tout cela, il y a, bien sûr, une réflexion sur l’art et le regard — n’oublions pas que l’auteur est aussi philosophe. Mais on sent surtout chez lui la jubilation de multiplier les situations et les personnages, en un bel hommage au romanesque pur.

     

    P. A.


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  • http-_www.bookine.netÀ l’heure où j’écrivais cet article il était encore très possible qu’elle ait le Goncourt. Pour finir, elle n’a eu que le Médicis. Un prix, quoi qu’il en soit, à la fois significatif et paradoxal. Pour une part, bien dans l’air d’un temps étrangement fasciné par les grands classiques et, à travers eux, qu’on le veuille on non, par l’institution scolaire. Représentatif, aussi, de ce souci obsédant d’inscrire sa vie dans d’autres vies, fameuses, si possible, qui s’exprime à travers tant d’œuvres dont des gens connus sont les héros. Et, en même temps, n’y a-t-il pas quelque anachronisme à couronner un livre qui, sur des pages entières, fait hésiter ses personnages quant à la traduction d’un vers latin, à l’heure où la langue de Virgile s’apprête à disparaître de l’enseignement secondaire ? Le ministère de l’Éducation nationale serait en droit de protester. Sans compter que consacrer un roman au plus notoire auteur d’alexandrins tient de la gageure à une époque où pratiquement plus personne ne sait en dire un correctement.

     

    Masculin/féminin

     

    C’est déjà quelque chose, ces contradictions et ces paradoxes. Quel que dût être le verdict final de nos jurys, ça encourageait à y aller voir de plus près. On m’avait décrit Titus n’aimait pas Bérénice comme un entrelacement de la vie de Racine et du récit d’un amour malheureux vécu par un personnage contemporain, probablement la narratrice. Au début, j’attendais en m’impatientant cette alternance. Puis, quand elle a eu lieu, je me suis réjoui qu’elle ne soit que ponctuelle. « Titus ne peut pas quitter Roma » et ses enfants, la pauvre Bérénice s’accroche en vain à son portable… Oublions. Retenons seulement l’idée justifiant que l’auteur de Bérénice (la tragédie) prenne toute la place : « Si elle comprend comment ce bourgeois de province a pu écrire des vers aussi poignants sur l’amour des femmes, alors elle comprendra pourquoi Titus l’a quittée. C’est absurde, illogique, mais elle devine en Racine l’endroit où le masculin s’approche au plus près du féminin, rocher de Gibraltar entre les sexes ».

     

    Le verbe plaire

     

    Donc, un roman biographique, comme on dit à présent, dont le héros est Jean Racine. Très documenté, très précis, notamment sur les débuts jansénistes. On suit pas à pas la vie du grand homme, sans noms de famille, snobisme charmant de normalienne (Boileau est tout simplement Nicolas, ainsi de suite). L’existence de Jean progresse par cercles concentriques depuis le « rond » de Port Royal. On le voit passer du latin au français, puis aux vers, découvrir sa propre ambition (« Le verbe plaire entre dans son vocabulaire »), les femmes, les actrices, Du Parc et Champmeslé. On suit les échelons de la carrière et enfin la mue du poète en historiographe du roi. Tout cela serait linéaire, un peu répétitif, scolaire, pour le dire d’un mot, si le livre tout entier n’était pas habité par deux grands thèmes qui en font toute la force et l’originalité.

     

    Le premier, c’est la langue. Nathalie Azoulai a l’immense mérite de ne mettre au cœur des préoccupations de son héros ni l’amour ni, le Ciel nous en préserve, l’émotion, mais la passion du français, qui a « ce que les autres [langues] n’ont pas, ce lit de voyelles rocailleuses que les hiatus révèlent dans les vers comme l’été dans le fond des rivières ». Comparaison bancale, mais passion dévorante, qui va jusqu’à l’identification complète : « De cette nation, il sera la langue ». D’où la seconde idée, laquelle donne leur intensité aux moments où le plus grand poète de son temps rencontre le plus grand des rois : celle d’une complicité, voire d’une complémentarité entre le pouvoir absolu du monarque et la pureté extrême de la langue forgée par celui qui cherche par là à « donner à son règne l’éclat du diamant ».

     

    Monuments nationaux

     

    On n’est donc, une fois n’est pas coutume, ni dans le fantasme romantique de l’expressivité ni dans le mythe du poète artisan. Nathalie Azoulai attribue à son Racine la volonté pleinement assumée de dire l’inouï. Elle le montre tournant obsessionnellement autour de ce qu’il sent être sa propre vérité et qui lui échappe, « cette tonalité qui commence à gagner ses vers », ce « troisième niveau » qu’il ne parvient pas lui-même à définir, « comme privé de toute parole articulée », cette « violence dont il est capable » et qui a rapport, comme l’auteure le suggérait au début, avec la différence des sexes. Pour avoir montré notre dramaturge national poursuivant avec acharnement ce vide toujours dérobé, Nathalie Azoulai, malgré ses maladresses, aurait bien mérité notre prix national.

     

    P. A.


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  • photo Pierre AhnneUn gros dysfonctionnement sur la plate-forme qui m’accueille a rendu inaccessibles pendant plusieurs jours les photos et les liens de ce blog. Je n’y suis pas pour grand-chose comme mes lecteurs s’en doutent, néanmoins qu’ils veuillent bien m’en excuser.

     

    Entre-temps, plusieurs prix ont été attribués. Christine Angot a eu le prix Décembre. J’ai dit pourquoi je pense que c’est un prix mérité.

     

    Didier Castino, Alain Defossé et Gilles Sebhan, qui auraient aussi mérité des prix, n’en ont pour finir pas reçu, c’est bien dommage. Mais on a dit des prix tout ce qu’on peut en dire…

     

    Nathalie Azoulai (Titus n’aimait pas Bérénice, P.O.L) n’a pas eu le Goncourt mais le Médicis. C’est aussi un prix mérité à mon avis, vous saurez bientôt pourquoi.

     

    Merci pour votre fidélité et à bientôt, donc, pour de nouvelles aventures.

     

    En attendant, si vous êtes parisien ou assimilé, vous pourrez,

    le vendredi 6 novembre, à 19 heures

    rencontrer Gilles Sebhan

    à la librairie Les Mots à la bouche (6, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris).

    Cette rencontre sera animée par Benoît Peeters.

     


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