• http-_artifexinopere.com

     

     

    Le Rain de Saint-BlaiseDu 13 au 16 juillet 2017, dans leur belle maison du Rain de Saint-Blaise, 68260 Sainte-Marie-aux-Mines, Astrid Ruff et Pierre Kretz animent un atelier « écrire d’après photos ». Il reste une place. Pour tout renseignement et inscription, envoyer un message à Astrid Ruff.

    (Prix libre : partage des frais)

     

     

     

    Les mercredis 17 et 24 janvier, 7 et 21 février 2018, Anne Serre animera chez Gallimard portrait d'Anne Serre par Rima Shawun atelier intitulé « Le narrateur : cet autre en soi ». 12 participants maximum : il est conseillé de s’inscrire dès maintenant, en cliquant ici.

     

     

     

    photo Charlotte HeymansEnfin, les dimanches 12, 26 novembre et 10 décembre 2017, j’animerai moi-même chez Aleph-écriture un atelier intitulé « Créer et tenir un blog littéraire ». On peut s’inscrire dès maintenant. Pour le faire ou pour avoir des détails, cliquer ici.

     

    Illustration : Jeune homme écrivant une lettre, Gabriel Metsu, 1662-65 — détail


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  • https-_www.monde-du-voyage.comAu seuil d’une pause estivale qui sera aussi celle de ce blog, le moment semble bien choisi pour parler récits de voyages. Ils ne m’attirent pas, d’ordinaire. Mais je vois bien leur intérêt : sous cette dénomination prudemment imprécise peuvent se cacher bien des choses, au point qu’il y a sans doute autant de récits de ce type que de types d’écrivains-voyageurs. Bref, un sous-genre qui se rit des genres. Et plus encore peut-être quand il est pratiqué par quelqu’un comme Patrick Boman : non seulement l’homme se plaît, il le dit lui-même et les quelque trente volumes que compte son œuvre en témoignent, à emprunter et traverser même les genres les plus mineurs ; mais en feignant de les adopter il ne peut s’empêcher de les prendre au rebours de ce qu’on attend d’eux. N’a-t-il pas consacré un livre à la Lorraine en hiver (Cœur d’acier, Arléa, 2011), un autre aux restaurants chinois de Paris (Le Palais des saveurs-accumulées, Le Serpent à plumes, 1989), et son Retour en Inde (Arléa, 2009) ne consiste-t-il pas essentiellement en descriptions de chambres d’hôtel ?

     

    Promenades

     

    On ne s’étonnera donc pas si Trieste en sa lumière, qu’il publie aujourd’hui chez Ginkgo, tient du journal intime, du guide touristique, de l’essai de philosophie historique, du poème, et ne saurait en définitive mieux se définir que comme appartenant au genre délicieusement désuet et nécessairement incertain de la promenade — tant il est vrai que tout le livre et son écriture même semblent procéder d’une véritable obsession ambulatoire.

     

    Pourquoi Trieste, où notre auteur s’obstine, d’avril 2012 à octobre 2014, à retourner, et qu’il ne cesse alors de parcourir dans tous les sens, poussant parfois jusqu’au localités voisines de Muggia ou de Miramare, voire dans la Slovénie toute proche ? Pour l’atmosphère de cette cité florissante au temps des Habsbourg puis condamnée, depuis son rattachement à l’Italie, à une mélancolie souriante et provinciale, bien entendu. Pour, aussi, l’aura éminemment littéraire qui la nimbe, et les figures de Svevo, de Saba, de Joyce, de tant d’autres, triestins ou de passage, prêtes à surgir au détour de chaque ruelle ou entre les buissons des vieux jardins ensauvagés. Pour, surtout, l’identité impossible et multiple qui fait de la ville l’image même du livre qui ici s’efforce, à coups de fragments juxtaposés, de la peindre. Car, parlant de Trieste, « l’envie est grande de gloser jusqu’à plus soif sur l’incertitude et l’ambiguïté élevées au rang des beaux-arts dans la cité des confins, et sur l’impossible définition de la triestinité ».

     

    Éloge du « mal cousu »

     

    On comprend dès lors la fascination d’un écrivain lui-même rétif, nous l’avons dit, aux classifications, et d’ailleurs franco-suédois, pour une cité à la fois italienne, autrichienne, slave, dont l’histoire comme la physionomie sont le reflet de cette bigarrure. La parcourir, physiquement ou par l’écriture, devient une descente en soi qui frôle l’exercice spirituel ; « Je laisse ce que je ne suis pas me construire, je laisse le confluent me bâtir, moi qui ne suis rien de tout cela, "en archipel et en creuset" de Latin-Teuton-Slave. Identités de morceaux mal cousus qui ne peuvent être désormais que les authentiques, le reste étant jactance ».

     

    Les identités : voilà les grandes ennemies de Patrick Boman. Du moins quand chacune se croit identique à elle-même et refuse de voir les fêlures qui la fondent. De cet aveuglement on pourrait trouver mille exemples, qu’ils soient d’ordre psychologique, ethnographique, social, j’en passe, il n’y aurait pas à chercher loin. L’histoire de Trieste en offre d’autant plus que le mélange et l’entrelacement sont au principe même de la ville. Et notre auteur ne manque pas une occasion de stigmatiser les passions nationalistes des uns ou des autres, telles qu’elles se manifestèrent alternativement dans le passé chaotique de cette anti-Venise. Réhabilitant au passage, avec un brin de provocation, l’époque prospère et somme toute tolérante de l’Empire austro-hongrois, dont le port sur l’Adriatique était la quatrième ville, après Vienne, Budapest et Prague.

     

    Et prêchant d’exemple, dans son éloge du « mal cousu », par une écriture amie de l’asyndète, de l’éclat, de la notation brève ainsi que, toujours, de l’humour, art, comme chacun le sait, de la juxtaposition : « Les feuilles des platanes sortent à peine, des pigeons mendiants et fornicateurs s’affairent au milieu de travaux laissés en plan et un goéland s’attaque avec insistance à un sac-poubelle — de bien mauvais pauvres que ces volatiles ». Ou, dans un registre plus proche du haïku : « Soir, ciel d’un bleu "de velours", néons des hôtels, d’un rouge soyeux, goélands patrouillant en silence ».

     

    Tout cela valait bien que j’ajoute un post-scriptum à mes Lectures pour l’été.

     

    P. A.


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  • C’est de tradition en juillet : avant d’adopter un rythme plus en rapport avec les températures, ce blog vous suggère quelques idées de lectures glanées dans les six derniers mois.

     

    Je les reparcours, ces mois, qui furent en fin de compte assez riches en découvertes. Et, décidément, s’il fallait n’en garder que six ou sept, ce seraient celles-ci, qui n’ont pas fait autant de bruit dans le monde qu’elles auraient dû. Raison de plus pour vous inviter à les partager, à l’heure des longues siestes ou dans l’ombre du vieux sapin.

     

    Plus tard, je vous parlerai de Paul-Jean Toulet.

     

    En attendant septembre, où il sera question de Lola Lafon, d’Hélène Gestern, d’Alma Brami, de Fabrice Humbert et de plusieurs premiers romans…

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Volia Volnaïa, Victor Remizov, traduit du russe par Luba Jurgenson (Belfond)

     

    Le roman russe confirme son exceptionnelle vitalité avec cette histoire d’hommes et de sauvagerie, tableau affligé d’une société minée par la violence et la corruption autant qu’hymne à la nature sibérienne la plus extrême.

     

    (Voir aussi l'entretien que Victor Remizov a bien voulu accorder à ce blog).

     

     

    Quatre saisons à l'Hôtel de l'Univers, Philippe Videlier (Gallimard)

     

    Ce n’est pas un roman historique mais un siècle d’Histoire parcouru avec les moyens du roman. À savoir, tout d’abord, le style. Celui de Philippe Videlier transforme les tragédies et les épopées du Moyen-Orient contemporain en un superbe et jubilatoire kaléidoscope.

     

     

    Les Petites Personnes, Anna Maria Ortese, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli (Actes Sud)

     

    Dans ces trente-six textes courts, la grande écrivaine italienne parlait du sort des animaux, du traitement que l’homme leur réserve, du lien qui les unit à lui. Et faisait surgir, dans des pages d’une poésie et d’une profondeur bouleversantes, un rapport à l’être et au monde qui échappe à la loi de l’utilité.

     

     

    L'Enragé, Dominique Rolin (Espace Nord)

     

    Breughel, sur son lit de mort, voit défiler sa vie. À partir de ce dispositif simple et qui aurait pu prêter au pire, l’écrivaine belge réussissait, dans ce livre paru en 1978 et réédité aujourd’hui, une magnifique méditation sur le regard du peintre et le revers des choses.

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Gens de Bergen, Tomas Espedal, traduit du norvégien par Terje Sinding (Actes Sud)

     

    Tomas Espedal parle de sa vie, de sa ville, de ses amours, de ses voyages… Et mène sans en avoir l’air, en tout un jeu d’échos subtils, une réflexion sur le vide, la présence, l’écriture.

     

     

    Une nuit en Tunisie, Fabrice Gabriel (Seuil)

     

    L’auteur évoque, sur un air de jazz, une année de coopération dans le Sud tunisien au moment de la guerre du Golfe. Il brasse les souvenirs, les époques, les œuvres… jusqu’à rendre quasi palpable un peu de cette matière paradoxale : le temps.

     

     

    La Conscience, Hubert Lucot (P.O.L)

     

    Le dernier livre, paru en décembre 2016, de l’écrivain. Livre qui clôt une œuvre exigeante et légère, où la vie de tous les jours devient, par la grâce de la phrase, une expérience sans cesse renouvelée.


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  • photo Pierre Ahnne

     

    « J’aime à errer au bord de la Seine. Les docks, les bassins, les écluses me font songer à quelque port lointain où je voudrais habiter. Je vois, en imagination, des filles et des marins qui dansent, de petits drapeaux, des navires immobiles avec des mâts sans voile.

     

    Ces songes ne durent pas.

     

    Les quais de Paris me sont trop familiers : ils ne ressemblent qu’un instant aux cités brumeuses de mes rêves. »

     

    Emmanuel Bove, Mes amis


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  • L’une est anglaise et a été une des romancières les plus lues dans le monde entre les années 1930 et les années 1970. L’autre est japonais, a une quarantaine d’années et déjà, derrière lui, une œuvre assez considérable, qui lui a valu la réputation d’un « nouveau Mishima ». Tous deux parlent du mystère des lieux, de la troublante magie des objets inertes. Dans des registres et avec des bonheurs bien différents.

     

    photo Pierre Ahnne

     

    Elisabeth Goudge entamait en 1940, avec Le Domaine enchanté, sa Trilogie des Eliot de Damerosehay, que republie aujourd’hui le Mercure de France (traduction Hélène Godard). On sait mon intérêt pour les succès d’autrefois, que cet éditeur, comme quelques autres, s’attache régulièrement à remettre en lumière (voir par exemple ici ou ) : lecture toujours passionnante, soit qu’elle incite à l’humilité l’époque actuelle, soit qu’elle fasse mesurer les injures du temps. En l’occurrence, on serait plutôt dans ce dernier cas. David revient à Damerosehay, le « domaine » du titre, où Lucilla, énergique et toujours séduisante octogénaire, règne dans la bienveillance et l’harmonie sur fille, fils, petits-enfants et gens de maison. Le retour de son petit-fils préféré devrait la ravir mais voilà qu’il a une nouvelle à lui annoncer : il aime et compte épouser sa (jeune) tante par alliance, récemment séparée de son époux George. Tragédie familiale en perspective. Heureusement, la grand-mère, les enfants, la femme de chambre, l’influence des lieux que hante peut-être, sous les espèces d’un mystérieux oiseau bleu, l’esprit des morts, vont se coaliser pour ramener le couple fautif à ses devoirs envers la Tradition, l’Ordre et la Famille.

     

    Pourquoi, sitôt entamé chaque paragraphe, a-t-on tant envie de le sauter ? L’excessive lenteur de ce long récit y est pour quelque chose, et la morale affligeante qui transpire de la moindre page pour beaucoup. Mais, surtout, comment échapper au curieux sentiment de passer devant des vitrines où objets, paysages et gens, tous longuement décrits, resteraient hors d’atteinte ? « La famille qu’elle n’a jamais eue, [Elisabeth Goudge] l’a réinventée » dans ses livres, nous dit-on. C’est peut-être là le problème : elle s’enchante de son domaine, de ses héros, de l’histoire qu’elle se raconte à elle-même, et nous somme de la trouver à notre tour touchante, captivante ou drôle. On préfère se retirer sur la pointe des pieds avec un sourire poli et la laisser parler toute seule : on s’en voudrait de faire de la peine à une aimable vieille dame, auteure de surcroît d’une vie romancée de Jésus.

     

    photo Pierre Ahnne

     

    Autre atmosphère, forcément, avec Compléter les blancs, de Keiichirô Hirano (traduction Corinne Atlan, Actes Sud). Les « blancs » en question sont ceux des premiers souvenirs… et des derniers. Car voilà qu’au Japon comme ailleurs, tranquillement, sans crier gare, les défunts reviennent à la vie. On n’aura pas l’explication du phénomène, « similaire à une erreur dans un programme informatique » : « Les Ressuscités [sont] le résultat d’une sorte de bug ». Tetsuo Tsuchiya fait partie de ces miraculés très prosaïques, cependant son cas est particulier : il s’est suicidé en se lançant dans le vide depuis le toit de l’usine qui l’employait. Enfin, c’est ce qu’on lui dit. Car lui-même est persuadé d’avoir été assassiné, et essaye de savoir par qui en complétant les fameux « blancs ».

     

    L’intrigue épouse le récit de sa quête, dans une société où, c’est connu, la pression sur le salarié au sein de l’entreprise est forte, l’expression des émotions personnelles problématique et le rapport au suicide historique et complexe. Un roman-de-société, donc ? Ou un policier, un thriller psychologique, un conte fantastique, une fable ? Qu’est-ce, en définitive, que ce curieux et assez fascinant gros-livre, qui renouvelle avec aplomb le thème, lui aussi traditionnel dans la culture nippone, du fantôme ? Ce qui fait qu’on s’y attache, ce ne sont pas le cheminement un peu alambiqué de l’enquête ni les conversations philosophiques dignes d’un Dostoïevski new age. Le charme ou, si l’on préfère, le malaise, est dans les détails, dont l’accumulation crée petit à petit une atmosphère d’inquiétante étrangeté assez prégnante. Un chewing-gum est resté collé à une semelle ; la bave d’un chien malade dégage une odeur fétide ; « la lumière du soleil (…) sembl[e] s’être tapie au pied de la fenêtre comme un animal apprivoisé ». On ne sait pas pourquoi ces grossissements et autres arrêts sur image, mais leur caractère énigmatique finit par suggérer que la réalité, à l’image de ce lac parcouru par un cygne, pourrait à chaque instant s’ouvrir « comme une gigantesque fermeture Éclair ».

     

    P. A.


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