•  Des livres dont je n’ai pu parler cet automne mais que je vous recommande chaudement en cette période qu’on dit « de fête », soit que vous les déposiez sous un arbre soit que vous les savouriez au coin d’un âtre…

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année

    photo Pierre Ahnne

     

     

     

    Pierre Bergounioux, Le Style comme expérience (L’Olivier)

     

    Le grand sujet de Bergounioux, décidément, c’est l’origine. Celle, ici, plutôt que du style à proprement parler, de la littérature, liée à la division du travail dans les sociétés de classes. L’admirable prosateur nous raconte en 70 pages cette naissance et la lente émancipation qui s’est ensuivie, depuis Homère jusqu’à Faulkner.

     

     

     

    Alain Blottière, Mon île au trésor (Arthaud)

     

    Au cours de l'entretien qu’il a accordé à ce blog, Alain Blottière parlait de ses lectures d’enfance et de l’importance qu’elles avaient eue dans sa formation d’écrivain. Son trésor est une histoire vraie et son île existe sur un lac authentique au fond du désert de Libye. Mais à se plonger dans ce récit d’une quête à travers des lieux improbables et superbement évoqués, on retrouve toute la magie des premiers bonheurs de lecture. Et cette recherche d’un trésor qui ne cesse de se dérober pourrait bien être aussi une métaphore de la littérature elle-même.

     

     

     

    Maryline Desbiolles, Vallotton est inadmissible (Seuil)

     

    En longues phrases souples et nerveuses, Maryline Desbiolles décrit les tableaux de Vallotton, s’efforçant de reconstituer la violence qui les habite : violence d’une peinture qui tue le modèle, le réduit à des aplats de couleurs brutales et, « par soustraction », « par abstraction », semble s’acheminer vers le vide.

     

     

     

    Éric Faye, Somnambule dans Istanbul (Stock)

     

    Éric Faye nous le disait récemment, lui aussi sur ce blog, « la mélancolie des lieux » est pour lui un des éléments déclencheurs de l’écriture. Qu’il s’agisse d’Istanbul, des cités interdites de l’ancien empire soviétique, de la Sibérie, du Groenland ou du Japon, les endroits qu’il évoque paraissent tous au bord du monde. On est pris d’un léger vertige à les parcourir avec lui, au gré d’une prose subtile, toute de nostalgie et d’humour.

     

     

     

    Pierre Kretz, Le Disparu de la route des vins (Le Verger)

     

    Je ne suis pas amateur de polars mais ce n’est pas un polar comme les autres, et pas seulement parce qu’il se déroule dans une région qui m’est chère. « On n’échappe pas à l’Histoire » nous a dit Pierre Kretz, et en Alsace moins qu’ailleurs. Je ne révèlerai bien sûr pas quel changement de tonalité imprévu transforme une enquête jubilatoire au pays du vin blanc en réflexion sur l’identité et les langues. Mais qu’un héros de roman policier s’exprime uniquement en latin est assez peu courant pour être signalé.

     

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année

    photo Pierre Ahnne

     

     

     

     

    J’ajoute que la belle revue Passage d’encres, dirigée par Christiane Tricoit, consacre son numéro # 03 aux transitions, thème tout à fait passionnant envisagé ici sous toutes ses formes et, comme toujours, magnifiquement illustré.

     

     

     

    Enfin, un petit rappel…

     

    David Malouf, Une rançon (traduit de l’anglais par Nadine Gassie, Albin Michel)

     

    Je ne me lasserai pas de le redire : le roman de David Malouf, réécriture du dernier chant de L’Iliade où une réflexion sur l’art du récit et une méditation sur le temps se mêlent dans une rayonnante et trompeuse simplicité, est peut-être le grand roman de cette rentrée littéraire.

     

    P. A.

     


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  • Avant de passer en vitesse d’été, un petit choix d’ouvrages pour oublier les plages bondées, les campagnes pluvieuses et les jungles infestées de moustiques.

     

    Quelques lectures pour l'été

     

     

    S’il fallait n’en retenir que cinq…

    … parmi les livres parus au cours de l’année écoulée et dont il a été question sur ce blog, voici par ordre alphabétique d’auteurs ceux que décidément je retiendrais.

     

     Christine Angot, Une semaine de vacances (Flammarion)Je persiste, malgré les protestations de certains de mes lecteurs : ChristineAngot n’est pas ridicule.

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     Claudie Huntzinger, La Survivance (Grasset)

    Ma grande découverte de l’automne.

    Télécharger « la-survivance-claudie-hunzinger-grasset-a93206555 »

     

     

     Michael Kumpfmüller, La Splendeur de la vie (Albin Michel)

    Le bouleversant récit des derniers mois de Kafka.

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     Gilles Pétel,  Sous la Manche (Stock)

    Faux roman policier et vraie quête de la vérité qui se profile au bout du tunnel, par mon ex-coblogueur.

    Télécharger « sous-la-manche-de-gilles-petel-a93206647 »

     

     Gilles Sebhan, London WC2 (Les Impressions nouvelles)

    Gilles Sebhan continue à parler de nos désirs en faisant l’histoire des siens.

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    Quelques lectures pour l'été

     

     Oublis et autres trous

    Quelques livres que je juge, à tort ou à raison, trop méconnus.

      

     

    Josef Škvorecký, Miracle en Bohême (traduit du tchèque par Claudia Ancelot, L’imaginaire Gallimard)

    La triste et désopilante histoire d’une jeunesse en Tchécoslovaquie, de

    l’après-guerre aux années 60.

     

     Edgar Hilsenrath, Nuit (traduit de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, Attila)

    Toute l’action se déroule dans le ghetto d’une ville de Roumanie, en 1941. Il y a là des hommes et des femmes, qui, tout près de la mort, demeurent des hommes et des femmes.

      

     

    Adalbert Stifter, L’Homme sans postérité (traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt, Phébus)

    Nietzsche considérait Stifter comme un des plus grands écrivains de langue allemande. En tout cas chaque instant dans la nature ou parmi les choses devient sous sa plume étrangement magique.

     

     David Lodge, L’Auteur ! L’Auteur ! (traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, Rivages)

    La vie et les soucis de Henry James lui-même. Il fallait toute l’élégance et tout l’humour de Lodge pour oser un pareil sujet.

     

     Louis Calaferte, C’est la guerre (L’Arpenteur, Gallimard, repris en Folio)

    Une enfance, une adolescence, les années sombres. Et un grand style.

     

     

     Et toujours…

     

     

    Arno Schmidt, Vaches en demi-deuil (traduit de l’allemand par Claude Riehl, Tristram)

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     Charles-Ferdinand Ramuz, Joie dans le ciel (Les Cahiers rouges, Grasset)

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     Alexandre Vialatte, Les Fruits du Congo (L’Imaginaire Gallimard) 

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  • Avant de passer à un rythme plus estival, et peut-être de procéder à quelques changements d’organisation, nous sacrifions au rituel des suggestions d’été. Nulle logique ici que nos goûts, si après expérience vous en partagiez certains nous serions comblés. 

     

    Photo0038

    Les idées de Pétel

    Philip K. Dick, Le Maître du haut château (traduit de l’anglais, « Nouveaux millénaires », J’ai Lu)

    Pour celles et ceux qui n’ont jamais pu lire de science-fiction par horreur de ce genre, le roman de P. K. Dick devrait les réconcilier avec ce type de récits. L’Histoire, plus que les machines, est ici le véritable sujet de ce livre.

     

    Emmanuel Carrère, Je suis vivant et vous êtes mort (« Points », Seuil)

     

    Si vous avez aimé Le Maître du haut château, n’hésitez pas : lisez l’extraordinaire biographie de Carrère sur P. K. Dick : écrite presque comme un roman, cette biographie se dévore dans la bonne humeur.

     

    Ian McEwan, Un bonheur de rencontre (traduit de l’anglais, « Folio », Gallimard)

    Dans une Venise plus inquiétante que jamais, McEwan campe le récit de la descente aux enfers d’un jeune couple américain. Hallucinant. Âmes sensibles s’abstenir.

     

     

    Albert Cossery, Les Fainéants dans la vallée fertile (Joëlle Losfeld)

    Le plus beau roman de Cossery : des personnages de Beckett dans la vallée du Nil.

     

    Philip Roth, The Humbling (Vintage)

    Le récit sans concession de la déchéance d’un acteur vieillissant. A lire dans le texte : l’anglais de Roth est très accessible.

     

    Tchekhov, Nouvelles (traduit du russe, « La Pochothèque », Le Livre de poche)

    Parmi les dizaines de nouvelles que présente cette édition, la plus prenante et la plus célèbre en même temps reste La Steppe, à lire et à relire sans modération.

     

    Tony Duvert, Quand mourut Jonathan  (Minuit)

    La grâce de l’enfance et le drame de l’âge adulte : un roman bouleversant.

     

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     Les goûts d’Ahnne

     Vassili Axionov, Une saga moscovite (traduit du russe, « Folio », Gallimard)

     

    Que lire pendant l’été si ce n’est des sagas ? Un des personnages de celle-ci est Staline

    lui-même, vu de l’intérieur, cela suffirait à la rendre recommandable.

     

     

     Hans Lebert, Le Cercle de feu (traduit de l’allemand, Jacqueline Chambon)

     

    En Autriche, au lendemain d’une guerre qui les a vus s’engager sur deux bords opposés, un frère et une sœur se retrouvent. Histoire, inceste, extermination, sombre et majestueux récit.

     

     

    Carl Selig, Promenade avec Robert Walser (traduit de l’allemand, Rivages poche)

     

    Petit livre émouvant, écrit par un homme qui est allé pendant des années rendre visite à Walser dans son asile. Les promenades qu’ils ont faites, les plats qu’ils ont mangés.

     

     

    Elsa Morante, La Storia (traduit de l’italien, « Folio », Gallimard)

     

    On l’a un peu oublié mais c’est, comme on dit, un des grands romans du XXe siècle. L’Histoire toujours en toile de fond, au premier plan un étrange enfant fou.

     

     

    J. M. Coetzee, Le Maître de Pétersbourg (traduit de l’anglais, « Points », Seuil)

     

    Les affinités entre Coetzee et Dostoïevski on n’y penserait pas forcément, mais elles se font évidentes dans ce roman de Dostoïevski écrit par Coetzee et dont Dostoïevski est le héros.

     

     

    Thomas Savage, Le Pouvoir du chien (traduit de l’anglais, « 10-18 », Belfond)

     

    Il est incompréhensible que ce roman américain ne soit pas aussi célèbre qu’il le mérite. Pourtant : nature, violence, sexualité, famille, une brutale grandeur et une intrigue palpitante jusqu’à la dernière ligne.

     

     

    Pierre Bergounioux, La Bête faramineuse (Gallimard)

     

    Un des premiers livres de Bergounioux, et déjà toute la force raffinée qui lui permet de replonger au cœur de l’enfance.

     

     

    Charles-Louis Philippe, Le Père Perdrix (« Folio », Gallimard)

     

    Trop de lecteurs ignorent encore l’admirable styliste, au sommet de son art dans cette histoire d’un humble.

     

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