• Les Chemins de la rédemption, Wiley Cash, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut (Belfond)

    http-_christophelepetit.comÀ la lecture de certains livres on éprouve un peu d’embarras. Oh, non qu’il y ait rien de honteux à avoir lu Les Chemins de la rédemption. Il n’y même rien de honteux à l’avoir écrit. C’est bien fait, et même remarquablement, pourrait-on dire. Non seulement on lit jusqu’au bout mais on palpite bien souvent. C’est assez haletant, en somme. Une écriture sèche et, c’est le moins qu’on puisse dire, dépouillée. On supporte même les incessantes et absconses considérations sur le base-ball, cette manie nationale américaine.

     

    D’ailleurs, tout le cinéma d’outre-Atlantique est là. Avec ses décors favoris (« Le parking était vide, à l’exception de quelques vieilles bagnoles dans le coin au fond, à côté du trottoir défoncé ») ; avec ce qu’il faut de mélo, d’hyper-violence effective ou suspendue ; le célèbre trio paternité-culpabilité-rédemption ne manque pas non plus à l’appel. Tout cela dans un road movie mâtiné de drame familial et de polar, ponctué de dialogues au couteau : « Qui a fait ça, tu crois ? – Je sais pas. – Tu crois que c’est lui ? – Je sais pas. Je sais pas comment il aurait pu la trouver. – Il m’a bien trouvée ».

     

    Du cinéma pur, en un mot. Du reste les remerciements qui suivent le texte proprement dit sont tellement longs qu’on croirait à un générique de fin. Le livre est tout prêt pour l’adaptation, et le lire, c’est déjà se faire sa propre adaptation, son cinéma, tant il parvient, là réside son mérite, à nous faire voir et entendre des séquences complètes projetées instantanément sur l’écran de l’imaginaire.

     

    Voilà d’où vient le plaisir, un plaisir forcément un peu gêné. Car, au fond, pourquoi en avoir fait un livre ? Le seul procédé à proprement parler littéraire c’est celui qui fait alterner trois narrateurs – lesquels s’expriment au demeurant à peu près de la même façon : un flic, forcément en délicatesse avec sa hiérarchie, une adolescente inévitablement en crise (on pense à Salinger, mentionné au détour d’une conversation), un tueur psychopathe (on pense à bien du monde). Tous ces gens, étrangement et, sans doute, significativement, semblent dépourvus de toute sexualité : le roman de Wiley Cash est un livre où rien ne déborde. On y trouve bien une ébauche de tremblement identitaire quand deux petites filles décident de changer de noms, mais l’auteur renonce vite à cette thématique dont il ne savait visiblement pas trop quoi faire. Et il revient à son parcours millimétré et sans zone d’ombre : psychologie, morale, action, un point c’est tout. Ce qui fait la « redoutable » efficacité du récit comme ses limites : rien de superflu, rien qui bave, aucune de ces pages en excès qui feraient tout le prix d’un vrai roman. La nature, par exemple, ces Appalaches si chères, paraît-il, à l’auteur, restent strictement cantonnées à leur rôle de figuration : quelquefois il fait froid – on doit alors prendre une couverture – ou chaud – l’interlocuteur transpire. Cela encore est symptomatique : rien ne dépasse l’homme dans ce récit sans profondeur de champ. On reste au ras du macadam, tant sillonné, la voiture étant, on s’en doute, la grande héroïne de l’affaire avec la batte de base-ball.

     

    Sans profondeur tout court, serait-on tenté de dire si on était méchant. Ce qui n’est pas mon cas quand j’ai lu et haleté. Lecture de plaisir, donc ? Oui, et qui, de surcroît, force à s’interroger sur les limites de ce type de lecture, justement. Ce qui est déjà quelque chose. Même si ça n’est pas fait exprès.

     

     

    P. A.

     


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 31 Décembre 2015 à 13:08

    Bonjour,

    Je viens d'achever un roman fantastique (Innerlands - L'éveil) qui s'apparente à un univers aussi étrange que celui de la trilogie divergente, Hunger Games ou encore Labyrinthe.
    Fantastique sans être irréel.
    Je serais heureux de vous inviter à faire un tour sur mon blog "http://innerlands.over-blog.com/".
    Vous pourrez y découvrir le synoptique du livre 1, ainsi que le prologue. Vos commentaires seront bien sûr les bien venus.
    à bientôt peut-être.

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