• Mercy, Mary, Patty, Lola Lafon (Actes Sud)

    http-_mediad.publicbroadcasting.netDans La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon mêlait habilement quatre ingrédients : l’Histoire, surtout celle des années 1970 ; la manipulation par l’image et le contrôle des individus ; une jeune fille (la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, saisie à l’instant de sa gloire, au Jeux olympiques de Montréal, en 1976) ; enfin, la fascination et le travail d’une enquêtrice qui se penchait après coup sur tout ce qui précède. Ce qui rendait le roman remarquable, c’était  la question du langage et de son articulation avec le corps, laquelle constituait le point de confluence où venaient se croiser ces quatre motifs.

     

    Excès de jeunes filles

     

    On les retrouve dans Mercy, Mary, Patty, avec évidemment quelques décalages. Un coup à l’Est, un coup à l’Ouest : la jeune fille, ici, c’est Patricia Hearst, fille d’un magnat de la presse, enlevée et détenue en 1974 par l’Armée de libération symbionaise (SLA), puis convaincue par ses ravisseurs, au point de participer avec eux à des hold-up au nom de la révolution — certains se rappellent peut-être cette histoire vraie. Il y a aussi une enquêtrice, imaginaire, Gene Geneva, qui est venue enseigner dans un drôle d’établissement pour jeunes filles (décidément) dans les Landes. Lors du procès de Patricia, la défense lui demande un rapport sur l’affaire, lequel ne servira jamais mais sera intégré à un livre, Mercy, Mary, Patty, consacré à trois « victimes » de kidnapping ayant embrassé la cause ou le mode de vie de ceux qui les avaient conduites à « déserter la route pour la rocaille ». Pour rédiger le fameux rapport, Gene embauche dans le coin une jeune fille (encore !) qui sera son assistante. Violaine. Violaine est fascinée par Gene. Toutes deux sont, comme tout le monde, fascinées par Patricia, qui d’ailleurs s’est rebaptisée elle-même Tania. Et cette histoire à trois est racontée par un quatrième personnage, la narratrice, qui, enfant puis jeune fille (!) a été fascinée (!!) par Violaine, donc par Patricia, c’est-à-dire Tania, au point, adulte, de partir étudier aux États-Unis pour rencontrer Geneva. Ouf.

     

    Interdit aux moins de vingt et un ans

     

    Ce dispositif compliqué pour dire… Mon Dieu, des choses dont on se doutait un peu : que le capitalisme est sans pitié ; que la police est brutale ; qu’on n’écoute pas les  filles et que la société n’aime pas qu’elles refusent le moule où on s’efforce de les caser. Toutes constatations qu’il est loisible et même conseillé à chacun de partager mais qui, répétées à satiété avec aussi peu de variations que de distance, lassent. On dirait presque qu’elles lassent Lola Lafon elle-même. Il y a quelque chose d’un peu désespéré dans ses efforts pour nous persuader que ses héroïnes sont passionnantes. Mais on est trop loin de Patricia-Tania, retranchée avec ses geôliers sympathiques, et pour ce qui est de Gene, sommée de combler le vide, son « chemisier en liberty », son « pull jaune moutarde », son « pantalon de velours bordeaux » et son « jean un peu trop large laiss[ant] voir la lisière claire de [sa] culotte », même dans les Landes en 1975, ne réussissent pas à nous impressionner. Ils impressionnent Violaine. Mais Violaine est naïve. À un point que c’en est peu crédible. Quelqu’un devrait dire à l’auteure qu’en 1975, même dans les Landes, bien peu de jeunes filles de 19 ans lisaient Pearl Buck sans être capables d’« émettre une opinion sur Mai 68 ». La même personne lui apprendrait au passage que, fût-ce en ces années lointaines, il n’y avait pas de films « interdits au moins de vingt et un ans ».

     

    Le corps ? On essaie de le raccrocher de temps en temps au dispositif : Violaine, on n’ose dire pour faire bon poids, est vaguement anorexique… Le langage ? Rien à signaler. À part quelques fautes regrettables (une « fusillade initiée », des jeunes gens qui comprennent que « c’est d’eux dont on parle »…). Décidément, Lola Lafon n’était ni très en forme ni très à son aise. Un coup pour rien, vivement le suivant.

     

    P. A.

     

    Illustration : la véritable Patricia Hearst à l'époque de son enlèvement


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