• photo Pierre AhnneLe titre français indique, avec un peu d’insistance, ce que le roman d’Ida Simons ne dit jamais en toutes lettres. Car celle qui, pianiste internationale à dix-neuf ans, se retrouve déportée à Terezin et devra au retour renoncer à sa carrière évoque dans ce texte publié en 1959 une adolescence sinon insouciante, du moins inconsciente de menaces encore imprécises en ces années 1920. Dans une unique notation rétrospective, la narratrice mentionne comme en passant les chambres à gaz et pointe ainsi la dimension secrètement tragique du livre. Lequel restera, malgré le succès rencontré, l’unique publication de l’écrivaine néerlandaise : Ida Simons meurt un an après sa parution, en 1960.

     

    « Comme les vierges folles… »

     

    Qui ne saurait rien de tout cela pourrait peut-être se laisser prendre à l’apparente légèreté qui saute tout d’abord aux yeux. Le charme de la littérature adolescente quand elle est à son meilleur niveau… C’est Gittel, douze ans et future pianiste comme l’auteure, qui nous parle, brodant avec un humour souvent irrésistible sur le thème de la famille juive apocalyptique : père convaincu lui-même d’être « un bon à rien », mère toujours prête à faire sa valise et à quitter La Haye pour rejoindre avec sa fille, à Anvers, une grand-mère un brin tyrannique, flopée d’oncles et de tantes à l’avenant… Il y aussi l’amitié passionnée pour Lucie, la fille plus âgée du riche et raffiné monsieur Mardell. Et l’île déserte (« Excepté Blimbo et Juana, un couple de Noirs qui s’occup[ent] du jardin ») où la jeune fille se réfugie en imagination.

     

    Mais nous ne sommes plus des ados. Et si on se laisse happer si facilement par ce récit gracieux, c’est sans doute qu’il y a là autre chose que la grâce et une écriture primesautière (citrons changés en « lutins jaunes et farceurs (…) qui, chacun à son rythme, dégringol[ent] les marches en sautillant » ; affreux compagnons de jeu aux « cheveux gris souris » ; baronne faisant penser « à un pékinois poudré »…). À en croire le sage monsieur Mardell, la jeune héroïne doit prendre garde à ne pas devenir cette « vierge folle » que mentionne le titre néerlandais : « D’après lui », dit-elle, « j’avais connu trop jeune une grande douleur que j’avais cherché à fuir en me réfugiant dans la musique et, si on n’y veillait pas dès à présent, je serais incapable plus tard d’accueillir avec courage les malheurs et le bonheur, je me retrouverais les mains vides, comme les vierges folles, qui avaient utilisé toute leur huile ».

     

    Un dessin dans le tapis

     

    Tout n’est donc pas fondamentalement gai dans le monde joyeux d’Ida Simons. Il y a décidément des choses qu’on ne dit pas, ou alors à demi-mot. Gittel, qui rougit « jusqu’aux oreilles » chaque fois qu’on le mentionne, serait-elle, elle aussi, amoureuse de Gabriel, le fiancé secret de son amie Lucie ? Est-ce pour cela qu’elle joue avec tant d’enthousiasme le rôle de confidente et de complice ? Entre deux êtres, entre deux villes, entre deux âges, c’est l’année des transitions et des découvertes. Souvent amères : « Être adulte, c’était : raconter des mensonges, médire d’autrui, avoir des soucis d’argent et mal au ventre ». Sous la gaieté, la cruauté ne demande qu’à poindre. Gittel comprendra après coup qu’elle a été manipulée du début à la fin par Lucie et Gabriel, et se rendra compte que si sa grand-mère a veillé avec tant de prétendue abnégation sa dame de compagnie, c’est en raison de « la profonde jubilation qu’elle [a] ressentie en assistant au combat contre la mort de son bourreau ». Nous aussi, au terme de cette allègre promenade au pays des faux-semblants, voyons une vérité désabusée se dessiner comme le motif inclus dès le début dans le tapis — l’autre grand secret de ce petit livre au charme insolemment trompeur. « Dorénavant, je me montrerais sage et prudente, comme les vierges sages », conclut Gittel. Et d’ajouter, mélancolique : « Je ne jouerais jamais une "Appassionata" convenablement ». À voir…

     

    P. A.

     

     


    votre commentaire
  • www.lonelyplanet.comEncore l'Irlande… Et toujours des nouvelles, cette spécialité anglo-saxonne qui sied tout particulièrement aux écrivains du vert pays. Le recueil de Joseph O'Connor est paru en 2012 puis, pour la traduction française, en 2014. 10-18 le reprend aujourd'hui.

     

     

     

    Plainte ancestrale

     

    C'est pas gai : triste vie d'un pauvre pêcheur ; suicide d'un mari abandonné ; une femme apprend qu'elle n'en a plus pour longtemps ; un père se sent méprisé par son jeune fils… Le plus long des récits raconte les amours d'un homme souffrant de troubles mentaux depuis son divorce, et le seul à ne pas se situer à l'époque actuelle parle d'une famille du XIXe siècle, émigrée à New York, qui vit dans un taudis et perd une fillette en bas âge.

     

    C'est un pays en crise que dépeint O'Connor, à la crise économique toujours présente en arrière-plan s'ajoutant la crise morale où sombrent des individus pour la plupart au tournant de l'âge. Et on entend aussi la grande plainte ancestrale… Étonnant cette propension qu'ont les Irlandais à parler de l'Irlande, de ses chansons et de ses paysages, qu'une brève notation suffit parfois à faire surgir : « Dans un chêne sans feuilles, un trio d'oies sauvages » ; « L’air de la mer, croquant comme une pomme » ; le ciel « gris comme un œuf de mouette, traversé d’un arc de cumulonimbus fumés »… Les noms de lieux abondent, le gaélique affleure à la première occasion, la Grande Famine et l’IRA ne sont jamais loin.

     

    « La reine d’Angleterre peut bien se la garder »

     

    À quoi faut-il attribuer cette obsession des origines ? Aux siècles d’oppression et d’exil ? Au patrimoine culturel écrasant ? À l’insularité et à l’occidentalité extrême ?... Toujours est-il que bien peu y échappent, et sûrement pas le grand ancêtre auquel O’Connor répond dans une de ces nouvelles (Deux petits nuages) dont une bonne partie pourrait contribuer à une version actuelle de Gens de Dublin. Comme ceux de ce dernier recueil, les récits des Âmes égarées sont souvent des épiphanies, où, dans un moment de lucidité ou de grâce, le personnage croit entrevoir un sens qui reste cependant énigmatique.

     

    Mais tout cela sur fond d’âme irlandaise, c’est-à-dire de fondamentale et indéracinable nostalgie. Kerry ou Donegal, on sait toujours ici d’où viennent les gens. Ils regrettent les « drôles de petites boutiques » de leur enfance, « qui vendaient du bacon et des bouteilles de gaz », éprouvent, serait-ce pour s’en étonner, « cette proximité avec les morts qu’entretiennent les Irlandais » et, même pour la maudire et proclamer que « la reine d’Angleterre peut bien se la garder », n’en finissent pas de se souvenir d’une île originelle par définition évanouie. Le titre anglais, Where have you been ?, le dit bien : toutes ces histoires sont celles d’un retour, toujours problématique et souvent impossible.

     

    Magie irlandaise

     

    Les dialogues sont parfois longuets, surtout quand ils veulent être drôles. Et le français assez particulier de la traduction n’arrange rien : il est question de « chaînes » qu’on « évince », de souvenirs qui « s’entremêlent comme les rayons d’une roue » (dangereux), d’un soleil « rugissant à travers la fenêtre » (poétique ?)… Mais, malgré tout, le charme agit. Universel, en dépit de l’obsessionnel tropisme national. Ou à cause de cette obsession ? Car O’Connor, insidieusement, la met en scène en feignant parfois d’y céder. Ses personnages se débattent contre elle en même temps qu’avec leurs problèmes de cancer ou de couple brisé. Si bien que l’Irlande finit par se confondre avec la perte de toutes les origines et de toutes les jeunesses. Comment, dès lors, ne serait-elle pas pour chacun un pays natal ?

     

    P. A.

     


    votre commentaire
  • photo Pierre AhnneStella a une fille, Ava, qu’elle conduit au jardin d’enfants et à qui elle raconte des histoires. Ava « aime les phrases simples, Stella sait que le mieux, pour [la] contenter, c'est une histoire où il ne se passe rien ». Judith Hermann a bien compris que nous sommes comme Ava : elle aussi écrit des phrases simples et le premier mérite de ce roman qui fait suite à plusieurs recueils de nouvelles est d'opter pour l'absence à peu près totale d'événements.

     

    Stella vit aux confins d'une ville et de la campagne, dans l'une des dernières maisons d'un lotissement bordant les prés et les forêts. Elle a un mari, Jason, le père d'Ava, qui est quelque chose comme architecte et s'absente souvent pour travailler sur des chantiers. Elle ne voit à peu près personne à part les vieillards qu'elle visite à domicile en tant qu'infirmière ­— Judith Hermann sait peindre avec une délicatesse sans mièvrerie les gens âgés de même que les jeunes enfants. Stella circule à vélo (« en vélo », écrit malencontreusement et obstinément la traductrice) entre sa maison et le supermarché, l'école, les domiciles de ses patients. Elle s'assied dans sa véranda, son jardin : « Il commence à faire chaud, l'heure de midi est très calme. Dans un des autres jardins, une tondeuse à gazon démarre, un cri d'enfant au loin. De la pelouse jaillissent des papillons, le ciel est gris »…

     

    Le parti pris des choses

     

    Évidemment, il y a Mister Pfister, qui habite quelques maisons plus loin, dans la même rue. Quand Jason n'est pas là, il vient sonner à la porte de Stella et demande s'il peut lui parler. Devant son refus, il insiste, passe tous les jours, dépose dans la boîte aux lettres des billets, des photos, de menus objets. Cela s'appelle le stalking, il s'agit d'une « forme obsessionnelle et anormalement prolongée de menace par harcèlement ».

     

    On voit la facilité avec laquelle tout cela aboutirait à un thriller (quel autre mot ?) et Judith Hermann indique négligemment au passage les multiples pistes qui y conduiraient et qu'elle se garde bien de prendre. Celles-ci écartées avec toutes leurs péripéties convenues, que reste-t-il ? Les choses. Celles de l'homme (« Une porte d'entrée avec des vitraux enchâssés, à gauche un banc de bois, à côté du banc un petit olivier dans un pot en terre… ») ou celles de la nature (« La lumière de mai frappe le pré de plein fouet, les arbres projettent des ombres dures, précises. Le lilas est passé, les grappes de fleurs sont marron »). Par la simple minutie de ses descriptions, Judith Hermann prête dès le début à leur présence silencieuse une inquiétante étrangeté qui ne fera que s'accentuer à mesure que le drôle de voisin persiste dans son harcèlement. Sa seule présence, dirait-on, suscite une atmosphère insidieusement angoissante, digne des films de Lynch. « Tout est trop lié, trop proche » dans ce micro-univers réduit à quelques rues, et les objets aussi, comme vus en gros plan, sortent du cadre rassurant où les cantonnait leur usage.

     

    Un imparable poids

     

    Mister Pfister, qui doit peut-être son titre ironiquement anglo-saxon à sa parenté avec tant de personnages de cinéma, passe et repasse sans jamais franchir la grille du jardin, avec une opiniâtreté qui finit par le rendre suspect : ce personnage dont on ne saura jamais rien de précis mais à qui « il est tout bonnement impossible (…) de passer devant chez [Stella] sans sonner » ne serait-il en fait que l'incarnation de ses regrets ou de sa mauvaise conscience ? Elle se rappelle avec nostalgie l'époque où elle partageait avec son amie Clara un appartement où il lui arrivait de ramener un inconnu ; son mariage vacille un peu, ses sentiments pour Jason deviennent contrastés ; elle constate à plusieurs reprises que Mister Pfister, malgré l'aversion qu'il lui inspire, est « beau ». Et le titre français ajoute à l'ambiguïté : ce « début de l'amour » désigne-t-il les origines, auxquelles elle revient sans cesse, de sa relation avec Jason, ou la possibilité (l'impossibilité ?) d'une relation nouvelle ?...

     

    Mais rien n'est dit et, dans ce récit où les choses et les gestes tiennent le rôle principal, les pensées elles-mêmes sont décrites comme des choses mentales, ayant la matité énigmatique que le récit prête aux objets palpables. Pourquoi Stella attend-elle si longtemps pour porter plainte ? Pourquoi faut-il que, tout à la fin, Pfister sorte enfin de sa réserve pour que Jason se décide à lui tomber dessus à coups de bâton ? Le dénouement qui s'ensuit ne répondra clairement à aucune question. Mais il conduit à une découverte : « Peut-être que c'est tout de même le présent qui compte, son poids léger, imparable ». Ce « poids imparable » du présent et de la présence, l'étonnant roman de l'écrivaine allemande nous l'aura admirablement donné à sentir.

     

     P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 17 mars 2016 sur le site du Salon littéraire.


    votre commentaire
  • http-_www.culturecommunication.gouv.frOn en a beaucoup parlé lors de sa parution en 2014 chez Gallimard. L'auteur s'est rendu célèbre pour d'autres raisons : secrétaire de Jean Moulin à vingt-deux ans, puis marchand d’art, il se met à écrire sur le tard et d’abord pour défendre la mémoire du plus célèbre des « combattants de l’ombre ». Il avait retiré de son autobiographie, Alias Caracalla (Gallimard, 2009), cette histoire d’un amour né dans l’adolescence pour un camarade de collège. Cinq ans plus tard, elle était publiée séparément sur la suggestion de Jean-Marie Laclavetine, son éditeur.

     

    Jours enfuis

     

    On plonge dans un autre temps. Un temps où des jeunes gens de quatorze à seize ans, maintenus dans une prudente ignorance par les Bons Pères dominicains qui les éduquent en internat, lisent Duhamel, Gide (en secret), et Maurras — car ce futur combattant de la France libre est camelot du roi ; il envisage même d’acheter un revolver quand le Front populaire gagne les élections en 1936. On porte un uniforme, on se confesse, on va se promener en rangs du côté de la dune du Pilat. Pendant les vacances, on rejoint sa famille dans des villas de Biarritz. Le beau-père de Daniel est inquiet pour son usine, à cause des Rouges ; et il s’indigne que ce pensionnat de Saint-Elme, si chrétien, accepte parmi ses élèves un David Cohen.

     

    Pour évoquer ce monde révolu, Cordier use du langage qu’il y a appris. Il est admirable. Et on se prend à regretter ces jours de syntaxe sans reproche et de virgule toujours bien placée. Que même un prosateur de cette trempe se laisse aller à parler de « l’opportunité [d’un] voyage [qui est] longue à se présenter » en dit long sur l’état de dégradation où tombe la pratique de la langue.

     

    Empoignades frénétiques et mouchoir taché de sang

     

    Mais c’est bien la seule — et négligeable — ombre à un tableau lumineux. Par la grâce de son écriture dépouillée de tout effet, et pour cela même d’une force d’évocation peu commune, ce monsieur de quatre-vingt-dix ans et quelques fait surgir devant nous les images solaires d’un univers où ne manquent pourtant ni la honte ni les secrets. Car c’est le grand paradoxe de ces adolescences d’autrefois : l’innocence et la componction catholique s’y mêlent aux appétits charnels les plus coupables. Il s’en passe de belles à Saint-Elme : on se roule par terre dans le gymnase, « enlacés étroitement », et des lèvres « se coll[ent] à [une] bouche haletante » ; les douches sont des lieux « propices [aux] ébats » ; « une envie soudaine, un projet précis, la première occasion rencontrée et, après une empoignade frénétique, un bien-être sans rêverie », voilà le quotidien, dont on évite de parler au confessionnal. Avec David, cependant, c’est autre chose. Mouchoir taché de son sang qu’on dérobe, billets brûlants qu’on échange avec lui pendant l’étude, c’est bien d’un roman d’amour qu’il est question. Et seuls la pensée de Dieu et « le visage sévère de l’aumônier » se superposant brusquement au « visage radieux » de l’aimé empêcheront Daniel d’atteindre enfin à un but espéré longtemps.

     

    Les jeux de la mémoire et de la langue

     

    Heureusement pour nous. Qui sait, du reste, si l’auteur-narrateur ne s’est pas interdit de céder à son désir dans le seul but de le garder intact pendant les décennies qui ont suivi. L’inconscient nous joue de ces tours… Toujours est-il qu’à partir de ce moment, l’imaginaire et la mémoire accompliront leur œuvre, faisant de ce David évanoui le centre rayonnant et caché d’une vie pourtant fertile en sujets, si l’on ose dire, de distractions. Quand, à soixante-quinze ans, les deux anciens amis finissent par se revoir, Daniel découvre un monsieur « tout petit et gros », « avec des bajoues », et, pire encore, « un pauvre type ». On pouvait s’y attendre, après tant de songes. Auxquels cette déception ne met d’ailleurs nullement fin : « Curieusement, pour moi, cela ne touche en rien l’image intacte du passé », écrit le narrateur dans le journal, tenu des années après l’« acte manqué » fondateur, dont de larges extraits alimentent les dernières pages du livre.

     

    Journal qui contredit parfois tranquillement le récit qu’il prolonge : le vrai sujet des Feux de Saint-Elme, ce sont les séductions et les pièges de la mémoire. Ou de la littérature. Car, on l’a vu, le garçon innocent et pervers que fut l’auteur lisait beaucoup. Les Thibault, qui lui ont révélé, « en les nommant, les aspirations secrètes qui bouillonnaient dans [sa] tête et dans [son] corps », furent son « premier roman d’amour ». Les Nourritures terrestres lui ont dispensé « des préceptes contraires à ceux des Bons Pères ». Puis, le Céline de Mort à crédit est venu mettre des mots, effarants, sur « les actes ordinaires qu’[il] pratiqu[ait] sans les nommer ». Le récit de Cordier s’inscrit entièrement dans ce va-et-vient entre chair et langage. La première appelant le second, qu’elle ignore, et celui-ci parant de ses leurres ce qui le fonde. Toute la littérature est là, ou à peu près.

     

    P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 28 février 2016 sur le site du Salon littéraire.


    votre commentaire
  • photo Pierre AhnneJ’ai déjà évoqué la maison d’édition en ligne Émoticourt, spécialisée dans les textes brefs et de qualité, qui nous propose ce merveilleux petit inédit d’Anne Serre.

     

    Comment n’y aurait-il pas quelque chose de magique dans tout ce qu’écrit l’auteure de Petite table, sois mise ! (Verdier, 2012) ? Les mots ici sont autant de formules qui font surgir, en longues énumérations colorées, images et souvenirs chargés de sensualité et d’une force d’évocation singulière.

     

    Le dispositif aussi a la fausse simplicité des contes. Qu’est-ce qu’un arbre ? une rue ? un pré ? une femme ? un homme ? qui êtes-vous ?... D’une question à l’autre on glisse de la rêverie poétique à l’autobiographie, puis à une réflexion légère et subtile sur l’écriture et sur cet espace entre mots et images où elle se déploie. « Comment avez-vous compris que classer et examiner ses images personnelles, c’était écrire de la fiction ? » s’interroge celle qui parle et s’adresse à elle-même dans une distance étonnée. On pense à Walser, cité au passage, et aussi parfois à Ramuz, pour l’apparente transparence et l’authentique profondeur. Mais peut-être vont-elles toujours, comme ici, de pair…

     

     P. A.


    3 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique