• « Chez l’oncle Gustave où l’on m’avait mis quand j’avais huit ans, il y avait des fleurs sur le papier : des pavots rouges dans ma chambre à coucher. L’oncle disait : "C’est la décoration qui sied à une chambre à coucher ; le pavot c’est la fleur du sommeil". C’étaient des yeux arrachés qui ne cessaient de pleuvoir sur moi du plafond, même la nuit quand il faisait noir, même quand j’avais fermé les paupières. »

    Luc Dietrich, Le Bonheur des tristes

     

    photo Pierre Ahnne


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  • photo Pierre Ahnne« Elle avait le visage grêlé, de grands pieds, elle avait un sale caractère, elle se tenait souvent debout sur la meule de pierre devant le seuil de sa porte à vociférer sans raison des injures à la ronde. À ces moments-là, elle avait la main gauche sur la hanche, le bras droit levé, tout dans son attitude faisait penser à une théière ancienne. »

    Mo Yan, Le Grand Chambard


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  • photo Pierre Ahnne

     

    « C’est avec la plus grande attention et sollicitude que celui qui se promène doit étudier et observer la moindre petite chose vivante, que ce soit un enfant, un chien, un moucheron, un papillon, un moineau, un ver, une fleur, un homme, une maison, un arbre, une haie, un escargot, une souris, un nuage, une montagne, une feuille ou ne serait-ce qu’un misérable bout de papier froissé et jeté, où peut-être un gentil et bon petit écolier a tracé ses premières lettres maladroites. »

    Robert Walser, La Promenade


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  • « Je l’ai trouvé joli peut-être, ou j’ai éprouvé pour lui cet infect sentiment de pitié que j’ai si souvent éprouvé devant les choses, surtout les petites choses amovibles en bois ou en pierre, et qui me faisait désirer les avoir sur moi et les garder toujours, de sorte que je les ramassais et les mettais dans mes poches, souvent en pleurant, car j’ai pleuré très vieux, n’ayant pas évolué au fond côté affections et passions, malgré mon expérience. »

    Beckett, Malone meurt

     

    photo Pierre Ahnne


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  • « Elle était dans sa boutique comme l’effigie des lundis de fin d’hiver ou de l’automnephoto Pierre Ahnne revenant, des heures très basses où la vie, si l’on n’y prend garde, a tôt fait de nous entraîner. Laide, mal soignée, couleur de pomme de terre, elle avait aussi la voix terreuse, éteinte qu’on prêterait à celles-ci lorsqu’on s’avise d’y songer. Elle ne pensait qu’à faire son bruit de pomme de terre avec d’autres bonnes femmes qui lui ressemblaient. On était là, le filet à provisions dans une main, l’argent des commissions serré dans l’autre, et les deux pecques continuaient comme si de rien n’était, faisaient avec leurs voix, disaient interminablement des choses grises tirant sur le brun. »

    Pierre Bergounioux, La Mort de Brune


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