• photo Pierre Ahnne

    « Ce que fera une truie quand on la mène à la soue, on peut bien l’imaginer. Sauf qu’une bonne truie comme ça a la vie plus facile qu’un homme, c’est qu’elle est faite au vrai d’une espèce de chair et de graisse, et ce qui peut lui arriver par la suite c’est peu de chose, tant qu’elle a sa pâture : elle mettra bas encore, tout au plus, et au bout de sa vie il y a le couteau, ce qui au fond n’est pas non plus très grave ni très palpitant : avant qu’elle ait remarqué quoi que ce soit — et que peut bien remarquer une bête comme ça — elle est déjà crevée. Un homme en revanche, ça vous a des yeux, plein de choses là-dedans et tout mélangé ; il peut penser le diable et ne peut pas ne pas penser (terrible, sa tête) à ce qui lui arrivera. » 

    Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz


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  • « Alors ceux qui furent appelés se mirent debout hors du tombeau.

    Avec la nuque, ils ont fait aller la terre en arrière ; du front, ils ont percé la terre comme quand la graine germe, poussant dehors sa pointe verte ; ils ont eu de nouveau un corps.

    Il y avait un grand soleil ; une grande belle lumière est venue sur leurs mains, sur leurs habits, sur leurs chapeaux, sur leurs barbes, sur leurs moustaches. »

    C. F. Ramuz, Joie dans le ciel

     

    photo Pierre Ahnne


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  • photo Pierre Ahnne

     

     « Le corps, en effet, ne rachetait point par la pureté ou l’opulence des formes la mauvaise impression de cette tête ingrate. Malgré ses trente ans prochains, il était resté maigrillon, anguleux, comme celui d’une pensionnaire mal nourrie et minée de secrètes luxures. Le cou grêle s’emmanchait durement au-dessus de deux salières où s’accumulait l’ombre. Les bras eux-mêmes, que la maturité arrondit et capitonne chez les plus sèches et jusque chez les vieilles filles, demeuraient fuselés et sans grâce, avec le coin de l’épaule un tantinet montant et le coude irrémissiblement pointu. Sur les hanches étroites, le buste se dressait d’une venue, tout à fait plat par devant, et bossué par derrière de deux petits monticules à l’arête des omoplates, si bien que la poitrine semblait sens devant derrière. Seules, sous la croupe ravalée et le ventre de limande, les jambes pouvaient passer pour belles ; jambes de garçonnet, d’ailleurs, mais dont la cuisse un peu creuse, le genou saillant, la cheville menue et le mollet attaché haut avaient une sveltesse élégante. »

    Jean Richepin, La Glu


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  • photo Pierre Ahnne« Il porte un blaser croisé bleu marine à boutons en imitation écaille de tortue, une chemise de coton froissé à rayures avec des surpiqûres rouges, une cravate de soie Hugo Boss, avec un imprimé feu d’artifice bleu, rouge et blanc, et un pantalon Lazlo en laine prune à quatre pinces et poches à soufflets. Il tient à la main une coupe de champagne, qu’il tend à la fille qui l’accompagne — le mannequin-type, mince, bons seins, pas de cul, talons hauts — et qui porte une jupe de crêpe de laine et une veste en laine et velours de cachemire avec, sur son bras, le manteau en laine et velours de cachemire, Louis Dell’Olio. »

    Bret Easton Ellis, American Psycho


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  • photo Pierre Ahnne

    « Ayant pris goût à cette discipline complètement nouvelle pour moi, je sortis bientôt en pédalant du Marché aux pigeons par la Schaumburgerstrasse pour aller sur la Grand-Place et, après deux ou trois circuits autour de l’église paroissiale, pour prendre la décision audacieuse et, comme il allait bientôt apparaître, la décision fatale, d’aller sur le vélo que je maîtrisais déjà, comme je le croyais, d’une façon carrément parfaite, rendre visite à ma tante Fanny qui vivait à trente-six kilomètres de là, près de Salzbourg, dans un jardin planté de fleurs, soigné avec amour, un amour petit-bourgeois, et faisait les dimanches des escalopes panées qui étaient un régal. »

    Thomas Bernhard, Un enfant


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