• www.citroen.frAvec les mères, c’est rarement simple, mais avec les pères c’est souvent compliqué. Jauffret, avec le sien, n’a pas eu la tâche facile. C’est difficile, un père sourd. Allez vous étonner, après, que le fils écrive… Et quand, à l’enfermement de la surdité, s’ajoutent la dépression chronique et ses médicaments « qui empêch[ent] de penser », la coupe est pleine : « Alfred, tu n’étais même plus un homme, juste un organisme, avec au fond de la coquille un ego dévasté, piqué sur le cerveau comme un papillon sur un bouchon de liège ». « On ne traite pas un père de la sorte. Mais on a le droit d’injurier un donneur de sperme ».

     

    Et ce n’est pas tout. Ce « papa » quasiment manquant a laissé derrière lui une énigme pour tout héritage. Regardant, en 2018, un documentaire télévisé intitulé La Police de Vichy, le futur auteur de Papa reconnaît l’immeuble marseillais dans lequel il a passé son enfance et où la famille de son père vivait dès avant le mariage de celui-ci. Deux gestapistes en sortent, encadrant un homme menotté. C’est Alfred. Lequel n’avait jamais fait allusion à quoi que ce soit, personne dans la famille n’ayant entendu parler de rien non plus.

     

    « Ces sept secondes de film », dit l’écrivain, « ont réveillé l’enfant tapi dans les couches profondes de mon être, me donnant une inextinguible soif de père ». Et déclenchant l’écriture de ce livre, après de longues recherches parfaitement infructueuses : « Alfred, tu me laisses un mystère », avoue le fils, réduit à quia — pour quelqu’un qui a tant inventé « la vie des gens », un comble.

     

    Père réparé

     

    Mais, ici, il s’en tient maniaquement à la vérité, la tourne, la retourne, la fouille, à sa manière, rageuse et grinçante. Partant de la mort d’Alfred et du récit de ses obsèques, puis remontant à son mariage avec Madeleine au début des années 1950, et descendant jusqu’à sa propre naissance et son enfance. Avant de revenir à la fameuse séquence pour lui imaginer (quand même, mais explicitement) une explication aussi peu gratifiante que possible : Alfred aurait-il été embarqué pour être ensuite menacé, intimidé, et ainsi aussitôt amené à dénoncer un voisin qui cachait « un couple d’anarchistes espagnols » ? Hypothèse développée avec quelque complaisance pour être rejetée aussitôt après comme invraisemblable : « Alfred n’avait donné personne ». Et Régis d’interroger encore et encore l’image laissée par ce père singulier dans sa mémoire, avant, en quelques pages magnifiques, de créer de toutes pièces un faux souvenir lumineux dans lequel Alfred aurait été pour une fois papa.

     

    Car la tâche du fils est de réparer le père, « analysant le moindre fragment pour essayer de le rebâtir sans tous ces vices de construction qui l’ont empêché d’être lui ». Ou s’il s’agissait, au contraire, d’achever de le mettre en pièces et de le détruire une fois pour toutes ? Le livre entier est dans cette hésitation, cette oscillation, comme, peut-être, l’étaient déjà tous les livres précédents (« Je n’ai peut-être écrit tout au long de ma vie que le livre sans fin de tout ce que nous ne nous sommes jamais dit »).

     

    Passé recomposé

     

    Certes, on y retrouve aussi les images d’une époque, le magasin Aux Dames de France avec son « escalier roulant », les scooters Lambretta et les tanks en plastique. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans le combat acharné auquel se livrent, sur ses pages, la mémoire et l’imaginaire, l’amour et la honte. Jauffret le mène sur son terrain. Au début, on trouve un peu appuyés son cynisme et son goût de la provocation. Mais, très vite, l’excès et la brutalité mêmes révèlent leur efficacité particulière. Ce sont eux qui rendent possibles les évocations hallucinées des rapports entre mère et fils : « Il lui serait un prolongement, un corps et un cerveau supplémentaires (…), ils s’aimeraient comme des amants sans avoir besoin de se servir de ces imbéciles d’organes génitaux pour se connecter ». Ou qui permettent cette transgression majeure : raconter sa propre conception (« Alfred ruisselant de sueur m’éjacula en ahanant dans la vulve de Madeleine »).

     

    Et notre auteur ne va pas au bout des choses seulement dans le domaine du fantasme blasphématoire, il mène aussi le plus loin possible la réflexion où son entreprise le conduit sur la mémoire et l’écriture. Intimement liées, puisque « à chaque fois qu’on se souvient le souvenir se modifie » : ce passé, « vivant tant que nous le sommes encore nous aussi », « on est en droit de le jeter en vrac sur le tapis pour mieux le dépoussiérer, le ranger selon l’humeur sur les rayons de notre chronologie comme les livres sur ceux d’une bibliothèque ».

     

    Du coup, au fond, qu’est-ce que le vrai ? Le roman est-il plus trompeur que le souvenir, ou moins ? Plus, ou moins exact que la vie ? Mais alors, en somme, qu’est-ce qu’un père ? Et une mère, donc ? Et, par là-même, un fils ?... Ces questions énormes, la force et l’intelligence de Jauffret sont de ne pas les effleurer timidement, mais de les triturer et de les sonder sans précautions, avec l’instrument qu’il connaît : l’écriture. Et si on sort de l’examen un peu chaviré, c’est, comme pour les manèges de nos enfances, justement l’intérêt de la chose.

     

    P. A.


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  • photo Pierre Ahnne

     

    J’ai déjà eu l'occasion de citer Les Moments littéraires, revue qui, sous la direction de Gilbert Moreau, explore depuis des années toutes les facettes de « l’écrit intime ».

     

    Le copieux numéro 43 de ce mois de janvier est consacré aux diaristes suisses de langue française. Pourquoi suisses ? D’abord à cause d’Amiel (1821-1881), professeur à l’université de Genève, qui, en tant que figure fondatrice et tutélaire, ouvre le volume, intitulé d’ailleurs Amiel & Co. Peut-être aussi parce que, comme le souligne Jean-François Duval dans son introduction, elle-même en forme de journal, « ce sont les pays protestants qui ont lancé le mouvement » du journal intime, en Europe, au XIXe siècle.

     

    Cela étant, qu’est-ce qu’un journal intime ? Ou, comme le demande ce même Duval, « de qui tient-on le journal ? », dès lors que « "Je" est multiple, éclaté, contient des multitudes » ?… Aussi bien les premières lignes du premier extrait (Amiel, donc) annoncent-elles, on peut le dire, la couleur :

     

    « (10 heures matin) Succession féerique de coups de soleil, d’ondées, de brouillards. On dirait des orages d’opéra, et des colères de père qui badine. »

     

    Les caprices du temps qu’il fait symbolisent ici le caractère hybride et divers du journal en tant que genre comme du sujet qui le tient. Ce qui se vérifiera dans les pages de l’anthologie qui va suivre, où l’on trouve des extraits qui tiennent du journal de voyage, d’autres consacrés à la nature, à la vie quotidienne, aux soucis de l’écrivain, et même quelques pages d’un journal… photographique, celui que René Groebli publia en 1954 sous le titre de L’Œil de l’amour.

     

    photo Pierre Ahnne

     

    En même temps, ce numéro est l’occasion de découvrir un panorama de la littérature suisse romande, du XIXe jusqu’aux premières années du XXIe siècle. À côté de célébrités comme Roland Jaccard, Ramuz, Monique Saint-Hélier ou Gustave Roud (peut-être les plus belles pages du volume), on trouve beaucoup d’autres figures, souvent moins connues du public français. Tel l’étonnant Jean-Pierre Rochat, paysan et écrivain, auquel on laissera la parole pour conclure :

     

    « Lundi 5 novembre 2018

     

    J’ai chargé vingt-deux chèvres pour la boucherie et ça me fend le cœur, elles sont toutes nées ici dans cette ferme de montagne que je vais quitter dans deux mois après quarante-cinq ans de loyaux services pour une alimentation saine.

     

    Après avoir chargé les vingt-deux chèvres pour la boucherie et serré la main du boucher, je suis remonté sous le toit dans ma mansarde à livres (que je dois bientôt débarrasser, et on ne peut pas faire des saucisses avec des livres) pour me remettre de m’être laissé fendre le cœur ».

     

    P. A.

     

    N. B.

    Les Moments littéraires publient en même temps un hors-série consacré à la correspondance entre Henri-Frédéric Amiel et son amie Élisa Guédin.


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  • fr.123rf.comIl y a quelques années, Danse avec Jésus (Lunatique, 2011, voir ici) avait démontré son talent pour l’indécidabilité : fallait-il les trouver ridicules ou attendrissants, ces « chrétiens charismatiques » empêtrés dans leur foi et le quotidien dérisoire d’une bourgade de province ? Impossible de trancher, et il en résultait pour le lecteur, embarqué malgré lui, un vrai malaise. En 2015, il faisait semblant de s’attaquer, avec une méchanceté réjouissante, à un sujet de société : le harcèlement en milieu scolaire (Le Collège de Buchy, Lunatique, voir ici). Le voici de retour, après une première publication chez Buchet-Chastel (Avril, 2016). Son Italienne…, paru à la rentrée 2019, a connu un joli succès, notamment auprès de magazines tels que Elle et Biba… Malentendu ? Aurait-on pris ce livre brillant et jubilatoire pour ce qu’il n’est pas ? Mais qu’est-ce qu’il est ? Avec Jérémie Lefebvre, avec ou sans Jésus, on ne sait jamais trop, heureusement, sur quel pied danser.

     

    Conte de Noël

     

    Ce que son roman semble, en tout cas, être, c’est le cinglant pastiche d’un certain type de littérature et de cinéma faits pour remonter le moral du consommateur (on dit feel-good-quelque-chose, si je ne m’abuse). Francesca, grâce à Erasmus, a quitté sa Sicile natale pour Paris et la Sorbonne, où elle travaille à une thèse traitant des influences souterraines de la littérature médiévale sur le roman contemporain. C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Serguei, sémillant jeune professeur, lequel, « bien qu’étant de la fanfare », l’a gratifiée « d’un rapport complet et de qualité ». Puis, au cours d’une soirée passée chez elle avec Mathieu, son compagnon, l’a mise au défi de prouver que, comme elle l’affirmait, elle était libre de toute « appartenance ». Pour ce faire, elle s’engage à ne pas passer le traditionnel réveillon de Noël dans sa famille, qu’elle doit retrouver quelques semaines plus tard à Palerme.

     

    Huit jours après ledit réveillon, Francesca raconte à Souris, son chat, et à nous-mêmes, comment, une fois sur place, ayant appris que son père était gravement malade et vivait probablement son dernier Noël, elle a dû changer d’avis et a vécu une soirée merveilleuse au sein d’une famille redécouverte. Tel est le programme. Sauf que le chat, comme on finira par l’apprendre, est imaginaire, et qu’une chute bien orchestrée donnera au faux roman à l’eau de rose les allures d’un conte passablement cruel.

     

    Le mainstream et ses ruses…

     

    Ce qui n’empêche pas, au contraire, le comique. Rien n’échappe à l’ironie élégante et corrosive de notre auteur. Dans une langue impeccable et dépourvue de pitié, il s’en prend à la vie telle qu’elle va, en Italie (pays qu’il connaît bien) et partout ailleurs :  frénésie de la consommation, manie du « développement personnel » (« vous faire croire que vous ne savez pas faire ce que vous savez faire et que vous n’êtes pas la personne que vous êtes déjà »), verbiage entrepreneurial (« Mathieu s’était longuement ouvert à Serguei des difficultés qu’il avait rencontrées (…) en termes de gestion de l’humain, et des pressions qu’il avait pu subir au niveau de la hiérarchie, et du prix à payer pour faire évoluer les process… »). L’héroïne, quant à elle, prend les devant, et porte en permanence sur elle-même un regard sainement sarcastique (« Au bout de deux mois à l’université Paris-Sorbonne je maîtrisais parfaitement la rhétorique et les effets de langage du mépris élitiste (…), et j’étais en passe de devenir une vraie connasse »).

     

    Mais c’est surtout le genre même où le roman feint de s’inscrire qui se voit, chaque fois qu’on serait tenté d’y adhérer, mis narquoisement à distance. La référence au cinéma, apparemment extérieure, a pour fonction de le ramener à ce qu’il est et d’en dénoncer les illusions : « Ça ferait une scène de fin parfaite. Sobre, avec ce qu’il faut de profondeur et de tendresse (…), une fin à l’esthétique résolument mainstream »…

     

    Il serait cependant réducteur de ne voir dans le livre de Jérémie Lefebvre qu’un miroir, si exact soit-il, tendu au quotidien moderne et à ses reflets déformés. Le défi lancé au départ à Francesca porte sur la notion d’« appartenance », mais, pour m’exprimer comme les personnages, j’aime mieux parler, quant à moi, d’aliénation. Comment y échapper ? Comment, y compris et surtout dans l’écriture, être sûr, comme l’est la sympathique Palermitaine, d’échapper aux figures imposées, à la doxa omniprésente, au formatage de la sensibilité et des idées ? Lefebvre est beaucoup trop madré pour se livrer là-dessus à une réflexion explicite. Il se contente de nous faire assister aux contorsions de son personnage essayant, comme une funambule, de rester en équilibre sur le fil illusoire de sa liberté, et n’en tombant, bien entendu, que de plus haut. Mais ses virevoltes, les retournements incessants qui lui font, lorsqu’elle croit éventer les ruses de la société marchande, en subir simplement un autre effet, le lecteur n’y échappe pas plus qu’elle. Et le plaisir paradoxal qu’il retire de l’expérience est justement de se faire piéger lui aussi, par une jolie machine littéraire.

     

    P. A.


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  • www.comedie-francaise.frUn an après Les Sœurs aux yeux bleus(1), qui venait clore la saga familiale, deux ans après un premier recueil pour lequel elle a obtenu le prix de l’Académie française(2), Marie Sizun revient à la nouvelle. Quoique. Les textes rassemblés ici sont-ils tout à fait des nouvelles ? Violette déclinait le genre dans toutes ses variantes, du portrait au récit à chute. Mais les très courts récits de Ne quittez pas ! esquissent seulement des destins dont ils ne dessinent le cours qu’en filigrane, laissant le premier rôle à l’instant et à sa précision fugace.

     

    C’est dire que la musique, plus que jamais, tient une place essentielle. « Musique des ondes », comme l’annonce un des titres. Car une cohérence thématique affirmée fait la singularité du recueil : le téléphone.

     

    Destins croisés

     

    Une femme vieillissante croit, un moment, reconnaître la voix de son ancien amant, mais c’est une erreur. Un homme isolé s’étonne de recevoir, pour une fois, par erreur, lui aussi, un appel. Le coup de fil de cet amour d’autrefois tombe au mauvais moment, on ne peut pas lui parler. Avec cet autre, on a du mal à converser : manque de réseau, vraiment ?... Ces récits de communications sont, la plupart du temps, des histoires d’incommunicabilité. À moins, au contraire, qu’on n’y communique que trop bien, de cette manière sous-jacente chère à Nathalie Sarraute. Car, nous dit l’une des narratrices, si « un sourire peut mentir, un regard, un mouvement », une voix entendue au téléphone en est incapable : « La moindre inflexion nous instruit, nous dit ce que les mots taisent, ou déguisent ».

     

    Au surplus, si l’erreur ici joue un grand rôle, c’est qu’elle met en contact avec d’autres solitudes, donne l’occasion de croiser le trajet d’autres vies, motif redoublé et mis en abyme quand une conversation entre amoureux est surprise dans l’autobus, comme c’est le cas dans le seul texte franchement optimiste du recueil.

     

    Femme seule à sa fenêtre

     

    Car, pour l’essentiel, Marie Sizun aurait pu intituler son livre Les Abandonnés, si elle n’avait pas choisi un titre annonciateur de son thème et encore plus éloquent. Vous n’avez aucun message, Il n’y a plus d’abonné au numéro demandé, On vous appellera…, les autres titres « téléphoniques » donnés à de nombreuses nouvelles en disent tout aussi long. Le, ou, plus souvent, la solitaire urbaine est le personnage central de ces drames minuscules : « la voix hésitante, mal timbrée », de la locataire du cinquième dit « la peur, la peur des gens, la peur de la vie » ; à entendre telle autre voix, une narratrice imagine « tout un décor pesant de tristesse, de solitude »… La grande ville se déploie à l’arrière-plan, et, peu à peu, une atmosphère s’installe : ce qui fait le fond des romans de Marie Sizun, sur lequel se détachent les personnages, qui la passionnent et qu’elle sait rendre attachants. Ici, ils ne sont guère, la plupart du temps, qu’une voix ; ou une silhouette, figure suspendue dans un décor à la Hopper, fait pour nous rappeler que l’auteure est aussi peintre à ses heures.

     

    Dans un appartement, « le premier soleil du matin fait étinceler une vitre » ; une femme, à la fenêtre, « se demande avec lassitude comment occuper cette nouvelle journée » ; une autre, « certains après-midi, (…) reste devant la fenêtre à regarder les nuages »… Autant de tableaux qui restent dans l’esprit une fois tues les voix délicates des héros et des héroïnes de Marie Sizun. La musique, l’image… La poésie, en somme.

     

    P. A.

     

    (1) Arléa, 2019, voir ici.

    (2) Vous n’avez pas vu Violette ?, Arléa, 2017, voir ici.

     

    Illustration : Berthe Bovy dans La Voix humaine, de Jean Cocteau (1930)


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  • Il ne faut pas se laisser abattre : ni par la pluie, ni par les réformes et ce qu’elles entraînent, ni par les fêtes.

    Pour aider mes lecteurs à surmonter ces obstacles ou à aider leurs proches à le faire, voici, comme chaque année à pareille époque, quelques idées de livres, parmi ceux qui ont paru depuis la rentrée et dont j’ai parlé.

    Avec tous mes vœux pour une bonne fin d’année.

    Dans les premières semaines de celle qui approche, je vous entretiendrai de l’impressionnant roman de Chris Kraus, La Fabrique des salauds (Belfond), et du brillant roman de Jérémie Lefebvre, L’Italienne qui ne voulait pas fêter Noël (Buchet-Chastel), publiés encore en 2019.

    Et aussi du nouveau recueil de nouvelles de Marie Sizun (Ne quittez pas !, Arléa) ; du troisième volume ajouté par Gilles Sebhan à son Royaume des insensés (Feu le royaume, Rouergue noir) ; du « roman » que Régis Jauffret consacre à son père (Papa, Seuil) ; de Harpo Marx (Harpo, Fabio Viscogliosi, Actes Sud) ; de Bela Lugosi (Bela lugosi, biographie d’une métamorphose, Edgardo Franzosini, La Baconnière) ; de bien d’autres merveilles encore…

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Étranges dames

     

    La Télégraphiste de Chopin, Éric Faye (Seuil)

    Vera Foltynova reçoit les visites de Chopin, qui lui dicte des œuvres posthumes… Dans une Prague en proie au soupçon, les fantômes du régime défunt se mêlent aux espions venus de l’au-delà.

     

    Mon année de repos et de détente, Ottessa Moshfegh (Fayard)

    Dormir, sauf de brefs épisodes de veille, pendant un an. Tel est le projet d’une jeune New-Yorkaise. L’écrivaine américaine en fait un long lamento hypnotique et drôle sur une société absente à elle-même.

     

    Ici, tout est encore possible, Gianna Molinari (Delcourt)

    Cette jeune auteure suisse de langue allemande raconte une drôle d’histoire, où il est question d’une veilleuse de nuit, d’un loup, de migrants tombés des avions et d’une usine qui va fermer… Ponctuée de dessins et de photos, l’image étrangement inquiétante d’un monde en perte de sens.

     

    Un dimanche à Ville-d'Avray, Dominique Barbéris (Arléa)

    Sur les bords des « étangs de Corot », deux sœurs, et un amour peut-être imaginaire. Poème nostalgique et subtil, en écho à Nerval autant qu’à un film bien connu.

     

    Les Grands Cerfs, Claudie Hunzinger (Grasset)

    En observant un clan de cerfs, Pamina-Claudie Hunzinger se fait cerf elle-même. Et continue d’explorer notre rapport à un monde fragile et menacé. Prix Décembre.

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Vilains garçons

     

    Les Minets, François Armanet (Stock)

    Armanet ressuscite, une fois de plus, « la bande du Drugstore » (des Champs-Élysées) : entre frime et désespoir, le portrait brillant d’une époque qui avait inventé « l’adolescence éternelle ».

     

    Giono, furioso, Emmanuelle Lambert (Stock)

    « Style, syntaxe, mauvais esprit » : l’auteure d’Apparitions de Jean Genet fait le portrait chatoyant et sans indulgence de l’autre Jean, une des dernières incarnations du grantécrivain. Elle a reçu pour cela le Femina essais.

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    … Et une réédition

     

    Moumou, Ivan Tourgueniev, (Mercure de France)

    Brève et bouleversante histoire du muet Guerasime et de sa chienne Moumou, seuls vrais humains dans un monde de pantins dignes de Gogol.

     

    photo Pierre Ahnne


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