• J'en parleParmi mes lecteurs, ceux qui captent les stations de la bande FM à Paris et qui le souhaitent pourront m'écouter parler de mon roman J'ai des blancs (Les Impressions Nouvelles)

    sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle (106.3),

    dans le cadre de l'émission "Le lire et le dire", animée par Jean-Claude Caillette,

    le vendredi 16 octobre,

    à 15 heures.

     

    (Rediffusion le mardi 20 octobre à 09 h 30)


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  • Tony Duvert par Gilles SebhanÀ l’heure où j’écrivais cet article, le nouveau livre de Gilles Sebhan était sur la première sélection du Renaudot « essais ». À présent le voilà sur la sélection « essais » du Médicis. C’est donc un essai, pas de doute. Mais qu’est-ce qu’un essai ? Ce genre aux contours incertains, ondoyant entre autobiographie, réflexion personnelle et théorie pure, est aussi souple que le roman, autour duquel l’auteur de Fête des pères (Denoël, 2009) et de Salamandre (Le Dilettante, 2013) rôde en se gardant bien d’y entrer pour de bon. Et si l’essai se fait biographique, rien de vraiment étonnant à ce qu’il tente un écrivain que le récit des vies fascine, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle des autres (cf Mandelbaum ou le rêve d'Auschwitz, Les Impressions Nouvelles, 2014).

     

    Que de romans dans cet essai…

     

    Mais enfin ce ne serait pas un livre de Gilles Sebhan si c’était un essai biographique comme un autre. Drôle d’objet. Sur une couverture un brin kitsch, dans des bleus de hammam, un portrait de Duvert au regard étonnamment intense dont l’auteur n’est autre, si j’ose dire, que l’auteur. À l’intérieur, tout ce qu’il faut au lecteur sérieux : gros livre dense, cahier photos, résumé biographique, deux contes de Duvert en prime. Cependant dans les titres des courts chapitres, en forme de litanie, on retrouve bien Gilles Sebhan. Et puis que de romans dans cet essai, que de vies venues frôler cette vie dont le final lui-même, réclusion dans une maison de village et mort solitaire, évoque, entre grotesque et tragique, Huysmans associé à Thomas Bernhard…

     

    « Après la sortie de mon livre, beaucoup de gens ont commencé à se manifester », écrit Sebhan. Et d’évoquer ces « missives de solitaires qui peuplaient la campagne française et qui [le] prenaient tout à coup pour confesseur et pour confident, parce qu’il leur semblait avoir une vie semblable à celle de Duvert — une vie de paria ». Car il y a eu, faut-il le rappeler, un premier livre. Et que Retour à Duvert paraisse cinq ans après Tony Duvert, l’enfant silencieux (Denoël, 2010) n’est pas la moindre étrangeté de l’entreprise. Pourquoi un « retour » ? Parce que le premier ouvrage a spectaculairement ouvert la boîte aux souvenirs : après sa parution, les nouveaux témoignages et les nouveaux documents, photos et surtout lettres, ont afflué. Devant ces morceaux d’existence arrachés au silence, Gilles Sebhan, qui se mettait en scène dans L’Enfant silencieux, s’efface. Si dans tous ses livres il parle toujours de lui comme je l’affirmais récemment sur ce blog, il faudra, pour ce livre-ci, chercher au-delà de ce qui fait l’objet apparent du récit le point qui le relie à son auteur.

     

    Qu’est-ce qui se cache derrière les mots ?

     

    Donc, une biographie de Duvert. Une vie serrée au plus près, un portrait en gros plan qui restitue les contradictions du personnage, misanthrope violent à l’occasion mais « aimant bien recevoir » et se montrant parfois plein de « douceur et gentillesse » ; les erreurs et certaines prudences du premier opus sont rectifiées ; enfin, et surtout, les citations abondent, qui nous font découvrir le « dernier Duvert », cet extraordinaire épistolier dont les lettres font dire à son biographe, à propos de « cette écriture-là, qui s’adresse intimement à un autre qui serait soi-même, dans le secret et le silence » : « Peu d’œuvres ont cette exigence et cette radicalité ».

     

    Radicalité, solitude : les deux mots s’imposent à propos de celui que Gilles Sebhan compare à Diogène. Mais c’est aussi l’auteur de l’essai lui-même qui, sa « lampe torche de biographe en main », endosse le costume du philosophe cynique cherchant en plein jour, une lanterne au poing, « un homme ». Que cherche à cerner Gilles Sebhan dans l’existence de Duvert ? Quelle vérité s’y dérobe, comme dans celle de Mandelbaum et comme dans tous les livres d’un auteur qui paraît poursuivre d’ouvrage en ouvrage la même quête ? La vérité, d’abord, d’une sexualité qui chez Duvert est le thème central de l’œuvre. Pédophile, dit-on. Mais qu’est-ce qui se cache derrière les mots ? Plutôt que de contourner le problème ou de l’édulcorer, Sebhan le donne à voir, autant qu’il est possible, dans toute sa complexité. Rappelant le propos fondamentalement politique de celui qui, tout en refusant de se reconnaître dans une « communauté pédophile » qui se dessinait de son temps, « imaginait l’amour des enfants (…) comme une remise en cause de la société et de ses fonctionnements » et gardait la nostalgie de « ce jardin d’Eden d’où l’homme-enfant est ensuite constamment exclu ». « La sexualité n’[y] serait venue que comme un couronnement ou un serment de gosses, comme on mêle son sang dans les camps scouts des dessins de Joubert ».

     

    Condamné au silence

     

    Cependant Duvert n’est pas seulement un de ces solitaires qui hantent donc, paraît-il, les campagnes françaises, en proie, comme lui-même le dit, à « une fièvre de prédateur » inavouable. Chez lui, le désir se noue intimement à l’écriture. C’est ce point de jonction, bien sûr, que Sebhan poursuit, lui qui en a fait le cœur et l’impossible objet de toute son œuvre. Il met au centre de son livre, en toutes lettres, l’écriture de Duvert, cette écriture du refus, tout entière vécue et élaborée, en raison même des choix sexuels où elle s’origine, dans l’affirmation d’une liberté impossible. Par là même il donne clairement à voir les raisons du silence auquel la société a fini par condamner l’auteur de Quand mourut Jonathan. Et renouvelle à sa manière l’exigence qui a guidé, pour le pire et le meilleur, sa vie. Essai ou pas essai, c’est bien un livre de Gilles Sebhan.

     

    P. A.

     

    Retour à Duvert sera en librairie le 14 octobre. L'illustration de cet article montre un détail d'un portrait de Duvert par Gilles Sebhan, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.


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  •  À propos du dernier roman de Gilles Pétel...J'ai parlé récemment d'Exhibitions,

    que Gilles Pétel, mon ex-coblogueur,

    a publié en autoédition.

    Pour lire une interview de l'auteur, cliquer ici.


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  • https-_s-media-cache-ak0.pinimg.comD'abord on pense qu'il se publie vraiment de bien étranges choses… Voici un roman autrichien de 500 pages, au titre incompréhensible, écrit par une jeune femme de vingt-quatre ans, et qui se donne à première vue comme la chronique grotesque d'un village isolé des Alpes tyroliennes. Le récit proprement dit alterne avec un pastiche d'Hérodote – l'auteure, dont c'est le premier roman, est étudiante en philologie – relatant depuis les origines l'histoire de ces « barbares des montagnes ». Le tout est précédé d'un plan du village et suivi d'une table des personnages principaux puis de deux pages de remerciements.

     

    Seules la curiosité ou l'abnégation du chroniqueur fidèle incitent au départ à jeter un coup d'œil sur cet objet déconcertant. Mais ce serait une erreur de ne pas leur céder. À le faire, on se demande en effet assez vite si un emballage aussi effrayant ne cache pas en réalité une bonne surprise.

     

    C'est-y qu'tu consens à dev'gnir ma femelle ?...

     

    D'abord, il faut bien l'avouer, c'est drôle. Vea Kaiser, en bonne philologue, a imaginé pour les habitants de Saint-Peter un patois auquel Corinna Gepner, en traductrice remarquable, a su trouver des équivalents français qui en restituent toute la force comique. Cela donne, par exemple, d'un amoureux fervent à sa fiancée : « Ilse, c'est-y qu'tu consens à dev'gnir ma femelle ? » ; ou encore, à propos du premier Africain à s'aventurer dans le village : « Oué, mé quand la nuit, on s'réveille près d'lui, hein, c'est-y qu'on l'voit ? – Ben, dis, t'as d'ces pinsées, hein ! » Je suis un garçon simple : j'avoue que ça me fait rire. On s'en lasserait pourtant peut-être si le procédé ne participait pas de la peinture satirique d'un lieu qui, pour être préservé, par la géographie et la méfiance de ses habitants, du reste de l'Autriche, n'en peut pas moins être vu comme la métaphore du pays tout entier, lequel en prend ainsi pour son grade – conformément à une tradition littéraire nationale bien établie. « Les barbares des montagnes de Saint-Peter ont développé au fil des siècles des us et coutumes que le lecteur civilisé se doit de connaître », nous dit le nouvel Hérodote. « Ailleurs dans le monde, les choses se développent grâce au changement. À Saint-Peter-sur-Anger, en revanche, c'est la continuité qui domine et tout reste comme il est ». Ou, ainsi que l'explique un des vieillards qui dirigent le village au jeune Johannes, candidat malheureux au baccalauréat:  « Ça fait des centaines d'années, hein, qu'on s'bat cont' les péteux, alors c'est ben qu'tu nous ayes montré qu't'es pô un péteux ». Cette critique de l'immobilisme et de l'esprit de clocher tire cependant toute son efficacité de l'extrême inventivité narrative dont fait preuve Vea Kaiser, laquelle éprouve visiblement une vraie et contagieuse jubilation à susciter des enchaînements et des rebondissements incessants comme à décrire les situations les plus loufoques. Le match de foot opposant Saint-Peter au F. C. Saint-Pauli (Hambourg), au cours duquel le titre s'éclaire enfin pour le lecteur germanophone, est à cet égard un sommet.

     

    Bildungsroman

     

    Car on n'est pas seulement dans la chronique, pour finir. Le héros ne voit le jour qu'au bout d'une centaine de pages, et il faut un moment pour le comprendre mais Blasmusikpop est bien un Bildungsroman, un de ces romans de formation dont le monde germanique s'est fait, de Goethe à Musil, Thomas Mann et au-delà, une spécialité. Rejeté par le village car trop intellectuel (autrement dit, « péteux »), le jeune Johannes s'épanouit au lycée situé « dans la vallée ». Mais c'est en intégrant le « club Digamma », constitué par quelques élèves férus de grec ancien et contempteurs de la modernité – l'ordinateur et le téléphone portable apparaissant comme des objets particulièrement abominables. Sans en être conscient il a donc quelques points communs avec les frustes montagnards qui le rejettent et qu'il méprise. Raison peut-être pour laquelle, renvoyé parmi eux par son échec imprévu, il s'intégrera à son corps défendant à une communauté qu'il aura ouverte pour finir au monde extérieur, non sans trouver au passage l'âme sœur en la personne d'une fille ultra-branchée, lui qui ignorait délibérément tout de Facebook. Cela ne l'empêche d'ailleurs pas de se faire in fine l'historien du village dans le style de son maître Hérodote.

     

    Une  découverte

     

    On l'aura compris, entre les lignes de ce roman comique se déploient des questions complexes. Elles portent sur l'identité et la différence, le conformisme et la marginalité, la modernité et le passéisme. Plutôt que d'y apporter des réponses, l'auteure esquisse dans l'espace qu'elles ouvrent une réflexion souple, subtile et sans condescendance pour personne. Le seul personnage résolument antipathique est un politicien « ultra-conservateur », qui, élu directeur du lycée de Johannes, prône… « de grands changements » dans l'organisation des études.

     

    « Il arrive (…) que la rencontre avec l'étranger soit un moyen de voir plus clair en soi-même ». Telle est la conclusion que Vea Kaiser, par la plume de son jeune héros, donne à son roman. Une conclusion que les lecteurs pourront tirer pour eux-mêmes de ce voyage au pays des « barbares des montagnes », lequel se révèle en fin de compte, plus qu'une heureuse surprise, une sacrée découverte.

     

    P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 6 septembre 2015 sur le site du Salon littéraire.


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  • http-_p9.storage.canalblog.comLes livres dont je parle ou dont je vais parler sont à l’honneur…

     

    Après le silence, de Didier Castino (Liana Levi) figure dans la première sélection du Prix du style.

     

    Effraction, roman d’Alain Defossé (Flammarion) dont je vous entretiendrai sous peu, est dans la première sélection du Médicis.

     

    Vous lirez aussi très bientôt une note sur le deuxième livre que Gilles Sebhan consacre à Tony Duvert. Ce Retour à Duvert (Le Dilettante) est sélectionné pour le prix Décembre et pour le Renaudot « essais ».

     

    Enfin, Christine Angot, avec son Amour impossible (Flammarion), est sur la première liste pour le prix Décembre également et pour le Goncourt.

     

    En ce qui la concerne elle n’a plus besoin de rien, merci. Mais Alain Defossé, écrivain subtil et secret, et Gilles Sebhan, qui construit depuis des années une œuvre forte et cohérente, mériteraient de voir leurs efforts récompensés. On pourrait aussi se réjouir que soit honoré le premier roman de Didier Castino, dont j’ai dit à quel point je le trouvais original et rigoureux.


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