• photo Pierre AhnneUn gros dysfonctionnement sur la plate-forme qui m’accueille a rendu inaccessibles pendant plusieurs jours les photos et les liens de ce blog. Je n’y suis pas pour grand-chose comme mes lecteurs s’en doutent, néanmoins qu’ils veuillent bien m’en excuser.

     

    Entre-temps, plusieurs prix ont été attribués. Christine Angot a eu le prix Décembre. J’ai dit pourquoi je pense que c’est un prix mérité.

     

    Didier Castino, Alain Defossé et Gilles Sebhan, qui auraient aussi mérité des prix, n’en ont pour finir pas reçu, c’est bien dommage. Mais on a dit des prix tout ce qu’on peut en dire…

     

    Nathalie Azoulai (Titus n’aimait pas Bérénice, P.O.L) n’a pas eu le Goncourt mais le Médicis. C’est aussi un prix mérité à mon avis, vous saurez bientôt pourquoi.

     

    Merci pour votre fidélité et à bientôt, donc, pour de nouvelles aventures.

     

    En attendant, si vous êtes parisien ou assimilé, vous pourrez,

    le vendredi 6 novembre, à 19 heures

    rencontrer Gilles Sebhan

    à la librairie Les Mots à la bouche (6, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris).

    Cette rencontre sera animée par Benoît Peeters.

     


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  • a141.idata.over-blog.comSon premier livre traduit (Tanta Vita, Belfond, 2014) m’était tombé des mains. Mais parfois les livres se présentent au mauvais moment, et on fait si grand cas de cet auteur né en 1983, tout à la fois romancier, homme de théâtre et journaliste… Antonio Tabucchi va jusqu’à le sacrer « jeune prodige des lettres italiennes » : un tel parrainage valait bien que je me penche sur cet Où étiez-vous tous, qui nous arrive, sans point d’interrogation, déjà tout couvert de lauriers.

     

    Comment ne pas comprendre cet homme ?

     

    D’ailleurs, il se lit jusqu’au bout, ce roman-ci, et même avec un peu d’amusement de temps à autre. Le père du jeune narrateur est un enseignant retraité depuis peu, qui, passant en voiture devant son ancien établissement, quelle idée, se voit interpellé et moqué par le pire de ses ex-élèves. Dans un mouvement d’humeur bien compréhensible, il le renverse d’un coup de pare-chocs. Ce n’est sûrement par moi qui lui jetterais la pierre. Et le récit de ses démêlés avec les parents du cancre comme la description des bouleversements que provoque l’incident dans la vie familiale (fugue de la mère à Berlin, réminiscences et perplexités du fils devant la figure paternelle…) n’est pas toujours privé d’humour ni de justesse. S’il n’y avait que cela, ça irait.

     

    Du danger d’avoir des idées

     

    Mais, hélas, Paolo Di Paolo a une grande idée, dont son héros, étudiant en histoire et subtilement prénommé Italo, peine à faire un sujet de master : « Dans le mémoire (…) que j’écrirai un jour, j’ai l’intention », dit-il, « de faire un travail à la fois d’historien et d’écrivain (…). C’est-à-dire de comprendre comment l’Histoire et les vies privées s’entrecroisent ». Car elles s’entrecroisent, figurez-vous, et, tout en déroulant paresseusement le fil de son intrigue à base d’adolescents, de profs, de pères et de fils, l’auteur du roman s’efforce de faire œuvre d’écrivain et d’historien. C’est-à-dire qu’il s’interrompt à tout bout de champ pour se livrer à des considérations navrées sur le temps qui passe et les années Berlusconi, ponctuées de pensées profondes et de questions originales : « Ce n’est pas pour toujours, rien ne l’est » ; « Est-il possible d’interroger son père ? » ; « Où se situe la vérité sur quelqu’un ? ». Puis, délaissant pour un temps la haute philosophie, il revient aux individus et à leurs déboires sentimentaux, adoptant aussitôt un style poétique digne des chansons de variété les mieux venues : « Connaître quelqu’un ! Lui demander son numéro de téléphone, son adresse… Commencer à imaginer les espaces qu’on n’a jamais vus… ».

     

    C’est, paraît-il, ce qu’on appelle « un roman générationnel ». La génération dont il s’agit est celle de l’auteur, qui a donc grandi sous le règne de Berlusconi. D’où la seconde grande idée du livre : pour dire ces années de confusion, placées sous le signe de la superficialité et du zapping, seul serait adéquat un roman-puzzle, fait de ruptures, de fragments, d’alternances entre les époques, les fils conducteurs et les types de discours. C’est à un tel roman que s’applique visiblement Paolo Di Paolo. Il a réussi : l’ouvrage mime si bien ce qu’il dénonce qu’il en viendrait presque à y ressembler.

     

    P. A.


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  • J'ai des blancs, suite de la suiteCeux de mes lecteurs

    qui n'ont pas pu m'entendre sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle le vendredi 16 octobre ni le mardi 20 octobre

    peuvent, s'ils le souhaitent, m'écouter

    en cliquant sur le lien que voici.

    Ils m'entendront répondre aux questions de Jean-Claude Caillette, dans le cadre de son émission "Le lire et le dire".


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  • http-_files1.structurae.de_filesDéjà dans On ne tue pas les gens (Flammarion, 2011), les lieux jouaient un rôle essentiel, au point qu'on aurait presque pu considérer comme le personnage principal du roman la petite ville bretonne qui lui servait de décor. Ici, tout se passe à Paris, plus précisément dans le XIXe arrondissement, avec ses rues « laides, hétéroclites, si insignifiantes qu'elles pourraient ne pas exister, qu'elles se laissent rêver ». La première originalité d'Alain Defossé est peut-être là, dans la manière dont il fait naître une atmosphère quasi onirique de la description la plus minutieuse du quotidien. Ce mystère du quotidien réside aussi dans les objets, dans les gestes, que l'écriture précise et toute en vibrations restitue avec une exactitude frôlant l'inquiétante étrangeté. Et le récit de ressusciter, non sans humour, certaines reliques qui joueront le rôle de madeleines de Proust, tel le « porte-clefs Esso, un petit bonhomme en caoutchouc dont la tête figure une goutte d'huile » et que l'héroïne revoit « se balanc[er] en souriant entre les branches beiges du volant de la Dauphine ».

     

    « Des verres qui s'entrechoquent et des drames qui se dénouent… »

     

    Car, comme toujours chez Defossé, le temps et la mémoire tiennent aussi une place centrale. À soixante-dix ans, Anne Rivière, qui porte un nom limpide, a tout effacé de sa jeunesse. Mais un cambriolage, l' « effraction » du titre, sera l'élément déclencheur qui va la tirer de cette amnésie peut-être volontaire et faire progressivement ressurgir le passé. « On ne sait pas pourquoi ». « Peut-être est-ce un simple accroc dans une vie très lisse, qui dévoile, comme une déchirure sur un canapé montre au-dessous quel tissu le recouvrait avant, qu'il était rouge et doré avant d'être beige et neutre ». Dans le passé de cette femme vieillissante et « pleine de rituels » il y a donc des couleurs, « des verres qui s'entrechoquent et des drames qui se dénouent ». Prise d'une fascination irraisonnée pour son voleur, elle se lance sur ses traces entre canal de l'Ourcq et avenue Jean-Jaurès. À la suivre dans cette parodie d'enquête policière on s'approche très progressivement, jusqu'à l'accélération finale, d'un secret fait de passion, de souffrance et d'exotisme, tout comme dans les vrais romans. Seulement, Alain Defossé n'étant pas tout à fait un romancier comme les autres, ce secret ne nous sera livré que par fragments, dérobé en même temps que dit. La rivière, c'est aussi le courant et la fuite. Vouloir saisir le passé, c'est étreindre l'absence : comme l'ancien amant, le jeune cambrioleur et l'héroïne elle-même s'évanouissent, peut-être pour d'autres cieux, dans ce roman de la disparition dont la dernière phrase se clôt sur l'image d' « une vitre brisée sur du vide ».

     

    Du passé : quoi d’autre ?...

     

    « Je pourrais être une héroïne de roman (…). Quelqu'un vous prend, un écrivain, ou il vous invente, et fait de vous, de moi, une héroïne de roman. Ça s'appellerait "Anne Rivière", ou juste "Rivière", c'est pas mal ». Ainsi parle Anne. Une solitaire, comme l'était le narrateur d'On ne tue pas les gens, dont le prénom aussi commençait par un A. Et si Alain Defossé, dans ce roman-ci, oscille savamment entre première et troisième personne, monologue intérieur et propos rapportés, c'est peut-être que cette « héroïne » qui passe son temps à observer les autres, à s'observer elle-même et à rêver sa vie ou la leur, est aussi bien, à sa façon, une romancière. Devant son ordinateur, on la voit qui « se concentre, se demande quelle musique va apparaître sur l'écran, quelle musique du passé, car elle le sait à présent, c'est du passé qui va apparaître sous ses doigts : quoi d'autre ? » À reconstituer non seulement un peu de la matière fragile et lacunaire dont est fait le temps, mais aussi le travail toujours inachevé de qui s'efforce de le recomposer, l'auteur d'Effraction réussit, en plus du reste, une belle méditation sur l'écriture.

     

    P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 20 août 2015 sur le site du Salon littéraire

     


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  • J'en parleParmi mes lecteurs, ceux qui captent les stations de la bande FM à Paris et qui le souhaitent pourront m'écouter parler de mon roman J'ai des blancs (Les Impressions Nouvelles)

    sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle (106.3),

    dans le cadre de l'émission "Le lire et le dire", animée par Jean-Claude Caillette,

    le vendredi 16 octobre,

    à 15 heures.

     

    (Rediffusion le mardi 20 octobre à 09 h 30)


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