• hwww.lesimpressionsnouvelles.comContinuer à se préoccuper de ce que les ennemis de la culture haïssent me semble une manière parmi d'autres de leur faire face.

     

    Dans cet esprit, mes lecteurs parisiens qui le souhaitent pourront se rendre

     

    jeudi 19 novembre (19 heures)

     

    à la Maison de l'Amérique latine (217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris)

     

    pour y assister à la présentation du livre Raoul Ruiz le magicien (Les Impressions Nouvelles)

     

     

     

    par ses auteurs, Benoît Peeters et Guy Scarpetta,

     

    en présence de plusieurs acteurs :  Anne Alvaro, Feodor Atkine, Arielle Dombasle, Jacques Pieiller, Melvil Poupaud, Edith Scob.

     

     

    Raoul Ruiz (1941-2011) est un réalisateur franco-chilien bien connu, auteur, entre autres films, de L'Hypothèse du tableau volé (1979), des Trois Couronnes du matelot (1983), du Temps retrouvé (1998) et des Âmes fortes (2001). L'ouvrage de Benoît Peeters et Guy Scarpetta comprend des entretiens entre Ruiz et Benoît Peeters, l'étude de neuf films par Guy Scarpetta, ainsi que des entretiens avec des acteurs.

     

    Guy Scarpetta est essayiste et romancier.

     

    Écrivain, scénariste, éditeur, Benoît Peeters a collaboré à plusieurs reprises avec Raoul Ruiz.

     


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  • http://www.trendyescapes.comLe livre de Nell Leyshon s’inscrit délibérément dans une tradition : celle d’un certain roman anglo-saxon et campagnard, qui, de Jane Austen avec ses presbytères à Edna O’Brien et ses Filles de la campagne, traverse tout le XIXe siècle et étend quelques prolongements jusqu’au XXe. On pense aux Brontë, à George Eliot, à Thomas Hardy, surtout à Mary Webb. Car si Mary, l’héroïne de La Couleur du lait, n’a pas, comme Sarn, un bec-de-lièvre, elle est affligée d’une « patte folle » et cette malformation fait d’elle un être un peu à part, sorte d’elfe claudiquant, obstinément optimiste, dont les cheveux « ont la couleur du lait ».

     

    Un usage imprévu du fil à fromage

     

    Mais nous ne sommes plus au XIXe siècle, ni même au XXe, le féminisme a pris des tons plus résolus et si l’écrivaine britannique, dont c’est le premier roman traduit en français, revisite le passé, c’est pour l’examiner au crible d’une radicalité qui est toute d’aujourd’hui. Elle dit sans détour la violence exercée par le père sur les cinq femmes de cette famille de fermiers en « l’an de grâce mille huit cent trente », le travail incessant pour Mary, ses trois sœurs et leur mère, l’exploitation systématique. Quand l’héroïne, qui n’a « jamais été plus loin que le champ de l’église où qu’on mène les bêtes », doit se rendre au presbytère pour y prendre soin de la femme cardiaque et fragile du révérend, une possibilité d’émancipation relative semble s’esquisser pour elle. Mais si des rapports chaleureux se tissent entre la jeune fille et la malade, l’époux, devenu veuf, n’apprendra à lire et à écrire à sa bonne qu’en lui vendant fort cher cet enseignement. Tout ça finira mal, on découvrira un usage imprévu et sans concession du fil à fromage.

     

    Une voix qui ne cache rien

     

    Cependant la radicalité que j’évoquais ne réside pas seulement dans la peinture brutale des rapports entre classes et sexes. Elle est aussi, et d’abord, dans l’écriture. C’est Mary, instruite par son employeur, qui nous parle, d’un lieu et d’un moment qu’on ne découvrira qu’in extremis : « ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main » dit-elle, sans majuscules – petite coquetterie dont on ne voit pas trop l’intérêt. D’autant que Nell Leyshon, pour faire entendre la voix de cette fille de quinze ans tout juste tirée de son ignorance, a su lui forger une langue très convaincante, absolument pas réaliste, qui oscille habilement entre les registres populaire et savant. La jeune narratrice ignore l’introspection. C’est à peine si elle risque : « mon esprit s’agitait et refusait de se calmer comme une abeille en été ». La plupart du temps elle est tout entière tournée vers le monde extérieur, ce qu’elle ressent ne s’exprime que par les gestes, minutieusement rapportés, et le rapport aux choses. Celles de la nature tiennent une grande place dans ce roman dont les quatre parties correspondent chacune à une des saisons de l’année 1830. « l’herbe était haute et jaune. les ombres s’allongeaient. les ronces étaient couvertes de baies et les pommes mûrissaient dans les arbres » écrit la narratrice. Ou encore : « il y avait des génisses qui broutaient bruyamment partout dans le champ, des corbeaux tournoyaient en criant autour des arbres, la lune montait dans le ciel et les étoiles s’allumaient les unes après les autres ». Et la force d’évocation de ce type de notations s’expliquera rétrospectivement par la situation où se trouve, comme on l’apprendra au dénouement, celle qui parle.

     

    En attendant, l’écriture brute et subtile de Nell Leyshon suscite et fait indéniablement exister un personnage : on se glisse avec une facilité surprenante dans la tête de cette drôle de fille dont la « voix », elle le dit elle-même, ne « cache rien ». Exemple : « le père, il est dehors ?/oui./donc il est toujours vivant./eh oui./dommage ». Cette franchise explosive, ou mieux cette inaptitude congénitale à l’opacité, fait éclater à chaque page la réalité des rapports d’exploitation. Mais elle n’est que l’autre aspect d’une transparence essentielle, qui ouvre la petite sauvageonne au monde et à la jubilation de s’y trouver. « quand je suis triste », dit Mary, « je dois faire un effort pour me souvenir pourquoi. sinon je redeviens heureuse ».

     

    P. A.


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  • http-_soocurious.comJ’ai déjà mentionné à deux reprises ce roman publié en autoédition (chez iggybook) par Gilles Pétel, avec qui j’ai partagé, il y a maintenant quelques années, un premier blog. Ménageant savamment mes effets, j’y reviens à présent pour en dire un peu plus…

     

    Tout se passe dans le milieu de l’art contemporain, dont le livre mêle la description au récit de la passion violemment érotique qui lie l’héroïne à un célèbre plasticien. Si on peut ne pas être totalement convaincu par ce dernier aspect, Gilles Pétel révèle dans le premier un vrai talent de satiriste et des dons évidents pour le comique. Une mention spéciale au récit d’une performance reconstituant Le Radeau de la Méduse sous forme de tableau vivant dans un hangar d’usine. On est au mois de janvier, le chauffage laisse à désirer, le ton monte parmi les figurants. Ambiance…

     

    À l’arrière-plan de tout cela, il y a, bien sûr, une réflexion sur l’art et le regard — n’oublions pas que l’auteur est aussi philosophe. Mais on sent surtout chez lui la jubilation de multiplier les situations et les personnages, en un bel hommage au romanesque pur.

     

    P. A.


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  • http-_www.bookine.netÀ l’heure où j’écrivais cet article il était encore très possible qu’elle ait le Goncourt. Pour finir, elle n’a eu que le Médicis. Un prix, quoi qu’il en soit, à la fois significatif et paradoxal. Pour une part, bien dans l’air d’un temps étrangement fasciné par les grands classiques et, à travers eux, qu’on le veuille on non, par l’institution scolaire. Représentatif, aussi, de ce souci obsédant d’inscrire sa vie dans d’autres vies, fameuses, si possible, qui s’exprime à travers tant d’œuvres dont des gens connus sont les héros. Et, en même temps, n’y a-t-il pas quelque anachronisme à couronner un livre qui, sur des pages entières, fait hésiter ses personnages quant à la traduction d’un vers latin, à l’heure où la langue de Virgile s’apprête à disparaître de l’enseignement secondaire ? Le ministère de l’Éducation nationale serait en droit de protester. Sans compter que consacrer un roman au plus notoire auteur d’alexandrins tient de la gageure à une époque où pratiquement plus personne ne sait en dire un correctement.

     

    Masculin/féminin

     

    C’est déjà quelque chose, ces contradictions et ces paradoxes. Quel que dût être le verdict final de nos jurys, ça encourageait à y aller voir de plus près. On m’avait décrit Titus n’aimait pas Bérénice comme un entrelacement de la vie de Racine et du récit d’un amour malheureux vécu par un personnage contemporain, probablement la narratrice. Au début, j’attendais en m’impatientant cette alternance. Puis, quand elle a eu lieu, je me suis réjoui qu’elle ne soit que ponctuelle. « Titus ne peut pas quitter Roma » et ses enfants, la pauvre Bérénice s’accroche en vain à son portable… Oublions. Retenons seulement l’idée justifiant que l’auteur de Bérénice (la tragédie) prenne toute la place : « Si elle comprend comment ce bourgeois de province a pu écrire des vers aussi poignants sur l’amour des femmes, alors elle comprendra pourquoi Titus l’a quittée. C’est absurde, illogique, mais elle devine en Racine l’endroit où le masculin s’approche au plus près du féminin, rocher de Gibraltar entre les sexes ».

     

    Le verbe plaire

     

    Donc, un roman biographique, comme on dit à présent, dont le héros est Jean Racine. Très documenté, très précis, notamment sur les débuts jansénistes. On suit pas à pas la vie du grand homme, sans noms de famille, snobisme charmant de normalienne (Boileau est tout simplement Nicolas, ainsi de suite). L’existence de Jean progresse par cercles concentriques depuis le « rond » de Port Royal. On le voit passer du latin au français, puis aux vers, découvrir sa propre ambition (« Le verbe plaire entre dans son vocabulaire »), les femmes, les actrices, Du Parc et Champmeslé. On suit les échelons de la carrière et enfin la mue du poète en historiographe du roi. Tout cela serait linéaire, un peu répétitif, scolaire, pour le dire d’un mot, si le livre tout entier n’était pas habité par deux grands thèmes qui en font toute la force et l’originalité.

     

    Le premier, c’est la langue. Nathalie Azoulai a l’immense mérite de ne mettre au cœur des préoccupations de son héros ni l’amour ni, le Ciel nous en préserve, l’émotion, mais la passion du français, qui a « ce que les autres [langues] n’ont pas, ce lit de voyelles rocailleuses que les hiatus révèlent dans les vers comme l’été dans le fond des rivières ». Comparaison bancale, mais passion dévorante, qui va jusqu’à l’identification complète : « De cette nation, il sera la langue ». D’où la seconde idée, laquelle donne leur intensité aux moments où le plus grand poète de son temps rencontre le plus grand des rois : celle d’une complicité, voire d’une complémentarité entre le pouvoir absolu du monarque et la pureté extrême de la langue forgée par celui qui cherche par là à « donner à son règne l’éclat du diamant ».

     

    Monuments nationaux

     

    On n’est donc, une fois n’est pas coutume, ni dans le fantasme romantique de l’expressivité ni dans le mythe du poète artisan. Nathalie Azoulai attribue à son Racine la volonté pleinement assumée de dire l’inouï. Elle le montre tournant obsessionnellement autour de ce qu’il sent être sa propre vérité et qui lui échappe, « cette tonalité qui commence à gagner ses vers », ce « troisième niveau » qu’il ne parvient pas lui-même à définir, « comme privé de toute parole articulée », cette « violence dont il est capable » et qui a rapport, comme l’auteure le suggérait au début, avec la différence des sexes. Pour avoir montré notre dramaturge national poursuivant avec acharnement ce vide toujours dérobé, Nathalie Azoulai, malgré ses maladresses, aurait bien mérité notre prix national.

     

    P. A.


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  • photo Pierre AhnneUn gros dysfonctionnement sur la plate-forme qui m’accueille a rendu inaccessibles pendant plusieurs jours les photos et les liens de ce blog. Je n’y suis pas pour grand-chose comme mes lecteurs s’en doutent, néanmoins qu’ils veuillent bien m’en excuser.

     

    Entre-temps, plusieurs prix ont été attribués. Christine Angot a eu le prix Décembre. J’ai dit pourquoi je pense que c’est un prix mérité.

     

    Didier Castino, Alain Defossé et Gilles Sebhan, qui auraient aussi mérité des prix, n’en ont pour finir pas reçu, c’est bien dommage. Mais on a dit des prix tout ce qu’on peut en dire…

     

    Nathalie Azoulai (Titus n’aimait pas Bérénice, P.O.L) n’a pas eu le Goncourt mais le Médicis. C’est aussi un prix mérité à mon avis, vous saurez bientôt pourquoi.

     

    Merci pour votre fidélité et à bientôt, donc, pour de nouvelles aventures.

     

    En attendant, si vous êtes parisien ou assimilé, vous pourrez,

    le vendredi 6 novembre, à 19 heures

    rencontrer Gilles Sebhan

    à la librairie Les Mots à la bouche (6, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris).

    Cette rencontre sera animée par Benoît Peeters.

     


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