• espacecreationjeanlouis.blogspot.comC : capédépée

     

    On va voir des films qui se déroulent dans l’Antiquité, des westerns, des films de chevalerie et des films de capédépée.

     

    Dans les films qui se déroulent pendant l’Antiquité (on ne dit pas péplums), les personnages portent des cuirasses, des casques à cimier, de courtes jupettes qui dénudent leurs cuisses ; il y a de la poussière jaune, des temples colossaux, les personnages se battent en se roulant dans la poussière et en mêlant leurs cuisses. Dans les westerns, les personnages ont des gilets de cuir, des chapeaux, des chevaux qui semblent une autre pièce de vêtement tant ils font partie des corps, des colts, on se tire dessus au colt puis on s’écroule ensanglanté dans la poussière, la poussière est rouge. Dans les films de chevalerie,...

     

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  • whitesimgq.pwB : ballon prisonnier

     

    À dix ans et pour un an seulement je suis devenu louveteau par l’effet du croisement de deux désirs. Celui de mes parents, qui pensaient que les louveteaux me socialiseraient et me feraient du bien car il fallait que je cesse d’être renfermé et d’avoir peur de tout, d’une part. D’autre part, mon propre désir de porter l’uniforme, cet uniforme que j’admirais depuis plusieurs années sur mes camarades de classe...

     

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  • smallthings.fr/.

     

    Les plus anciens lecteurs de ce blog se rappellent peut-être le temps où avait commencé d’y paraître, une lettre de temps à autre, selon l’humeur, L’Alphabet hasardeux de Philippe Arbogast. Le fantôme de Philippe Arbogast, ce double littéraire possible, a disparu à l’horizon. Ce sont donc tout uniment et franchement Mes vingt-six lettres, complétées, harmonisées, munies de discrètes passerelles pour les relier les unes aux autres, qui vont venir s’inscrire au cours de semaines à venir dans la rubrique Fiction. Pendant vingt-six semaines, sauf cas particulier. Et de A à Z. Plus de hasard.

     

    Des lettres, sur un blog littéraire, c’est un peu normal. En mettant les miennes bout à bout, on y verrait peut-être le portrait d’une époque, et aussi les origines d’un certain intérêt pour les mots et pour leur usage.

     

    Car, les alphabets ramenant toujours peu ou prou à l’enfance, les stations du mien ont chacune un rapport plus ou moins direct avec cet âge prétendu tendre. Noël approche, son cortège de rennes, de souvenirs et de santons, le moment m’a paru propice pour commencer. Par la lettre A, comme de juste. Comme alcool. Mais Noël est aussi la fête des excès de table.

     

     

    picclick.frA : alcool

     

    En matière d’alcool tout est affaire d’équilibre. Je ne parle pas de saveurs, de vanille, de banane, de fruits rouges, de long nez ou de notes boisées. On ne boit pas pour la saveur. On boit pour s’installer à la bonne distance entre sobriété et ivresse noire et pour y rester, osciller à ce point délicat où l’on est pompette, gai, gris, un peu éméché, mais pas torché, cuit, pochetronné, murgé, rond comme une pelle, paf, bourré comme une vache ou un coing. Tout l’art est de se maintenir à ce stade fragile,…

     

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  • photo Pierre Ahnne

     

    « Comme les biscuits, sauf l’orthographe », avait-il coutume, à ce que l’on prétend, de dire. Né en 1943, Jean-Marc Belain est mort il y a quatre ans, dans un oubli quasi total. Il avait publié entre 1978 et 1995 cinq romans, tous parus dans la célèbre Série noire, avant de disparaître des radars et des rayonnages.

     

    C’était la fin des années 1970. Le reflux du Sens et celui des avant-gardes avait laissé le champ libre au grand retour des genres, envisagés sous l’angle d’un nouveau maniérisme qu’on appelait alors postmodernité. Rien de tel chez Belain. Et pas davantage de réelle filiation avec le roman noir américain des années 1930, remis alors au goût du jour par Jean-Pierre Manchette, et dénonçant sur le mode désespéré le pouvoir de l’argent et la corruption générale. Il s’inscrit, si l’on veut, dans une autre tradition du roman policier, qu’on pourrait appeler métaphysique. Tradition qui, partie de Dostoïevski, courrait jusqu’à Faulkner, Bernanos et Giono. Mais ces grands exemples restent plus à distance du genre. Chez Jean-Marc Belain, les figures et les ingrédients du polar sont tous là : meurtres, disparitions, filatures, enquêtes ; armes, nuits de guet dans des voitures ; nababs tout-puissants et sbires détraqués. Cependant, aussitôt posés, ces composants traditionnels sont comme repoussés à l’arrière-plan de ses livres, où ils ne semblent soudain rien de plus que des silhouettes découpées dans un mince carton pour servir de toile de fond en ombres chinoises : il s’agit de laisser toute la place à la pure angoisse d’être au monde.

     

    « Il était temps de s’y remettre… »

     

    C’est elle qui se déploie, par exemple, dans La Soupe au cercueil (1982), à l’occasion d’une de ces scènes de guet que j’évoquais plus haut comme constituant un topos du genre. Le privé de service (en l’occurrence, il s’appelle Jack Laban), au volant de sa voiture garée le long d’une rue nécessairement sombre, glisse dans une rêverie sur le mystère de la présence, qui se prolonge sur trois pages pleines et tourne presque au poème en prose. Pour s’interrompre sur une phrase que l’auteur paraît bien s’adresser à lui-même : « Mais il était temps de s’y remettre car le rouquin sortait du bar ».

     

    Mieux encore, au milieu d’un échange de tirs, Fred Balnais, à l’abri derrière un muret, l’arme au poing, a du mal à ne pas se laisser distraire par une fissure dans le béton où se débat un insecte visiblement plus intéressant, dans son obstination énigmatique, que les délinquants pourtant très malintentionnés tapis dans les bosquets d’en face (Pourquoi tu tues ?, 1988 — les titres, Maccabées sur canapé, Les pruneaux sont servis, Pédéraste et Médisante, dans la tradition Série noire, ne sont vraisemblablement pas de Belain lui-même).

     

    À propos de rien

     

    Ce dernier exemple ne doit cependant pas induire en erreur : Laban, Balnais, Bienal, ces personnages interchangeables, affublés de transparents anagrammes, n’ont pas grand-chose à voir avec le Roquentin de La Nausée. La seconde originalité de notre auteur, après l’usage qu’il fait de la métaphysique, est la métaphysique singulière qui est la sienne et dont la construction de tous ses romans offre une image des plus frappantes. Ça commence toujours de façon très classique. Le héros est un détective privé que les vrais flics, ses anciens collègues, détestent, et réciproquement (concession à l’époque). Il occupe un petit bureau, où il reçoit des clients louches (« Le type mentait si bien que ça se voyait tout de suite »…). Après cette mise en place, un grand vide central : on piétine, on fait du sur-place, on observe des scarabées. Enfin, dans les vingt dernières pages, Belain semble se rappeler qu’il a un polar à écrire : il essaie de rattraper le temps perdu, tout s’accélère, ça tiraille de partout, on n’y comprend plus rien. Le dénouement est un paroxysme.

     

    Le recours à cette structure, qui pousse d’ailleurs à la limite les règles du polar traditionnel, est trop systématique pour ne pas être délibéré. Plutôt que de déjouer ou de déconstruire le récit policier, notre écrivain le creuse, le vidant de sa substance, qu’il remplace par autre chose. Son contenu se trouve aspiré dans une sorte de vortex central : on perd de vue l’objet de l’enquête et pourtant l’enquête se poursuit, devenue la forme même de l’humaine condition ­— une enquête sur rien.

     

    Cette passion du néant, qui est la caractéristique des étranges romans policiers de Jean-Marc Belain, se traduit dans un détail qui pourrait d’abord apparaître, là encore, comme un tribut payé aux conventions du genre. À chaque héros de roman policier, en effet, sa manie ou son attribut particuliers, boisson, vêtement, qui tiennent lieu d’épithète homérique et de clin d’œil complice au lecteur. Une célèbre auteure française a même inventé de faire parler un de ses héros en alexandrins (tous boiteux car, visiblement, elle ignore complètement les règles en la matière, passons). Ici, ce sont les goûts musicaux des protagonistes, toujours violemment contrastés, qui se voient précisés à chaque fois : les Pink Floyd et Wagner, Archie Shepp et André Verchuren, Stockhausen et David Bowie… Comment ne pas voir que ces couples contradictoires s’annulent, et deviennent ainsi un symbole renvoyant à la problématique identité des personnages eux-mêmes ?... Ces privés chagrins et transparents ne sont que des hommes, « faits de tous les hommes… » etc. C’est-à-dire, pour Belain, personne. Ulysse d’aujourd’hui dans les villes, ils étaient voués à l’oubli.

     

    P .A.


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  • http-_p1.storage.canalblog.comC’est le temps des fêtes, parlons prodiges et merveilles. Parlons contes merveilleux. Ceux d’Émilie de Gourgelas (1670-1731) sont moins connus, évidemment, que ceux de Perrault, dont elle fut la contemporaine. Elle est une conteuse parmi d’autres en ce passage du XVIIe au XVIIIe siècle qui vit le genre littéraire du conte de fées naître et fleurir dans les salons. Madame d’Aulnoy avait, comme chacun sait, lancé la mode, en insérant dans son Histoire d’Hypolite, comte de Duglas (1690), un récit merveilleux qui eut plus de succès que le reste du roman. D’autres suivirent aussitôt son exemple, telles mademoiselle Lhéritier, nièce de Perrault, ou Catherine Bernard, qui écrivit, comme lui, un Riquet à la houppe. Si on met à part l’auteur de Peau d’âne, le conte merveilleux est un genre féminin.

     

    Madame de Gourgelas est moins connue que ses consœurs. Petite noblesse provinciale (du Berry) ; malheureuse en ménage mais, comme il arrivait souvent, rendue libre tôt par la mort de son époux. Elle vient à Paris, où elle mène l’existence de ces femmes de lettres que les Modernes soutenaient contre les Anciens dans la fameuse Querelle, laquelle faisait rage alors. Elle fréquente justement le salon de madame d’Aulnoy. Après avoir publié en 1701 un unique recueil d’Histoires prodigieuses (1), elle meurt complètement oubliée, et peut-être mise à l’écart, son époque ayant eu tendance, semble-t-il, à la considérer peu ou prou comme ce qu’on appelait alors « une extravagante ».

     

    « Voilà bien des affaires… »

     

    Il est vrai que si Breton la cite au passage dans son Anthologie de l’humour noir, ce n’est pas pour rien. Ce qui la distingue des autres auteurs de son temps, c’est un mélange de second degré et d’horreur qui fait d’elle, mutatis mutandis, une précurseure de Lautréamont et de Queneau égarée en cette fin du Grand Siècle.

     

    Comme consciente de sa propre singularité, elle paraît à tout instant se moquer d’elle-même et ne prendre qu’à moitié au sérieux le genre qu’elle pratique. Ainsi, dans Le Vaillant Chevrier : « Vous me direz peut-être que voilà bien des affaires pour parler d’une princesse éprise d’un jeune paysan, chose assez rare dans la vie mais très commune dans les contes. Je vous répondrai que vous avez mille fois raison, et qu’en peignant si longuement le palais de cette princesse et la cabane de ce paysan, j’ai dit bien des mots inutiles ». Une situation dramatique se présente-t-elle, elle la neutralise aussitôt : « Vous supposerez » (elle interpelle le lecteur à tout bout de champ) « que cette belle dame qui semblait si honnête était en effet une magicienne, et des plus malintentionnées. Eh bien, c’était tout justement cela » (La Princesse enfuie).

     

    Dévorations et caresses

     

    Cette distance qu’elle prend et incite constamment à prendre avec le genre est peut-être en fait ce qui l’autorise à s’attarder avec une complaisance manifeste sur les détails les plus horribles : elle espère qu’on croira encore à de l’ironie. Mais son enthousiasme dans ces moments-là ne paraît pas feint. Certes, le conte merveilleux n’est jamais rose. Mais on sent chez madame de Gourgelas une vraie jubilation à accumuler les membres tranchés, les enfants cuits au four (et qui, histoire de rattraper le coup, renaissent in extremis quand on jette leurs os dans telle fontaine miraculeuse), les jeunes filles que leur marâtre « fouette tous les jours fort cruellement », les auberges tenues par des ogres toujours prêts à jouer du tranche-lard, les nœuds de serpents, les familles de crapauds qui tiennent des discours fleuris avant de sucer le sang de leurs victimes. Si elle souligne elle-même son goût excessif pour les détails dans un type de littérature censé aller sans détours à l’essentiel, c’est sans doute que cette hypertrophie des détails est là pour faire passer ceux qui lui importent surtout et auxquels elles revient toujours, avec une sorte de fascination : dans La Forêt périlleuse, trois jeunes filles sont, chacune à son tour, tuées, découpées et dévorées, à chaque fois avec quelques précisions supplémentaires.

     

    Que ces meurtres et ces dévorations (commis, en l’occurrence, par un géant, « le plus velu et malodorant qu’on eût jamais vu ») soient la métaphore d’autre chose, c’est probable. « L’enchanteresse » de tout à l’heure fait « tant de caresses » à une princesse égarée que, même compte tenu du sens du mot caresse à l’époque classique, on se pose quelques questions. Et quant au fameux chevrier, il se trouve enfermé « dans une tour très haute » avec un jeune prince, son rival ; « Je ne sais ce qu’ils faisaient là tout le jour », commente l’inlassable narratrice, « et peut-être vaut-il autant ne le pas savoir ».

     

    Un remède à Disney

     

    Sont-ce ces détails-là, incongrus, surtout dans un conte, qui effrayèrent les gens de son époque, ou l’extrême bizarrerie que, mêlés à des facéties de salon et à des effusions sentimentales dignes de romans précieux, ils confèrent aux récits de madame de Gourgelas ? Le XVIIe, même finissant, n’aimait guère les excentriques. Ni les prophètes : car il y a déjà du Sade chez Émilie ; et elle annonce, bien avant Walpole, dont Le Château d’Otrante ne parut qu’en 1764, le roman gothique et le goût paradoxal du siècle des Lumières pour les lieux ténébreux et les aventures macabres.

     

    On lui pardonna probablement d’autant moins tout cela qu’elle était femme, et pratiquait un genre ambigu, dont on ne sait trop s’il s’adressait aux enfants ou au public mondain et lettré — les uns pas plus que les autres n’étant les destinataires rêvés de ces histoires pleines d’oubliettes, de chairs trop fraîches et de symboles trop transparents. Elles semblent quelquefois devancer, par-delà le premier romantisme, la « psychanalyse » d’un genre dont leur auteure se plaît, dirait-on, à exhiber les dessous inavouables. Et le contraste entre ce plaisir un brin pervers et le ton primesautier qu’elle adopte, dans une langue encore classique, ajoute encore quelque chose au scandale. En faisant semblant de s’en moquer, madame de Gourgelas met à nu les ressorts les plus profonds d’un genre décidément très éloigné de la guimauve disneyenne. Dans les périodes d’attendrissement et de cheveux d’ange, sa lecture constitue un antidote salutaire.

     

    P. A.

     

    (1) Plusieurs récits tirés de cet ouvrage figuraient dans un gros volume intitulé Contes merveilleux du XVIIe siècle et publié en 1978 par Garnier-Flammarion. Introuvable aujourd’hui, sauf coup de chance.

     

    Illustration : portrait présumé de madame de Gourgelas (artiste inconnu)


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