• Rose au zooAvant d’être « une fantaisie musicale » comme l’indique le sous-titre, Rose au zoo était un texte que j’ai écrit en pensant à Marion Hérold et à ses talents d’actrice et de chanteuse. Du 28 février au 5 mars 2017, au Théâtre de l’Île-Saint-Louis, elle interprétera ce texte en y enchâssant des mélodies de Poulenc, Offenbach, Wiener, Bernstein… sur des poèmes ayant tous pour thème le monde animal.

     

    Si vous êtes parisien pendant cette semaine-là, je serai heureux d’avoir votre avis sur ce spectacle et, qui sait, de vous y rencontrer. Il est conseillé de réserver au théâtre. Tous les détails figurent sur l’affichette ci-contre.


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  • http-_www.comite-valmy.orgLa parenté de l’Histoire et du roman est une évidence qu’on hésite à rappeler. Il sont proches dès l’origine, puisque c’est la nouvelle, genre « historique », qui, en s’allongeant, devient le roman moderne (exemple de ces nouvelles en pleine mutation, La Princesse de Clèves — « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second »). Plus tard, les deux genres connaîtront ensemble leur âge d’or, Michelet et Augustin Thierry répondant à Stendhal (Le Rouge et le Noir), Flaubert (L’Éducation sentimentale) ou Tolstoï (Guerre et Paix).

     

    Ce début non dépourvu de cuistrerie pour attirer l’attention sur une autre lapalissade : d’habitude, c’est le roman qui s’empare de l’Histoire et la fait entrer dans le roman. L’inverse, à ma connaissance, est plus rare. Or, faire entrer le roman dans l’Histoire, voilà ce qu’entreprend Philippe Videlier. C’est elle, la véritable et la seule héroïne de ces Quatre saisons à l’Hôtel de l’Univers.

     

    Aden Arabie

     

    Quelle histoire ? Celle de l’univers. Mais vu, il le faut bien, d’un point particulier : ce qu’on appelle aujourd’hui le Moyen-Orient, et singulièrement Aden, où Rimbaud, personnage romanesque s’il en fut, posa, un fusil à la main, sur la terrasse de l’Hôtel de l’Univers.

     

    Donc, Aden, de 1839, date où les Anglais s’en emparent, à 1986, qui voit s’écrouler, pour ne plus se survivre que quelques années encore, la fragile République populaire du Yémen du Sud qui avait fini par s’y édifier. Et, depuis ce « carrefour stratégique de l’océan Indien, de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique », le devenir d’une partie du monde où se croisent et se concentrent les contradictions et les convulsions d’une époque — celle des empires coloniaux, de leur splendeur et de leur chute.

     

    Pas de fiction, ou si peu (tout au plus aperçoit-on, au détour d’un chapitre, Phileas Fogg et Passepartout, de passage à Aden dans leur célèbre tour du monde). Même si le poète des Illuminations revient régulièrement traverser la scène, pas de héros ni d’héroïne non plus, hors celle que nous avons déjà mentionnée. Mais pas davantage de notes en bas de page ou d’érudition apparente — même s’il en faut, et comment, pour mener à bien ce qui n’est pas un ouvrage historique mais se fonde sur une connaissance encyclopédique de l’Histoire et regorge de citations semées ici et là avec une élégante négligence.

     

    Une manière absolue de voir les choses

     

    Car que reste-t-il, une fois écartées les caractéristiques les plus visibles des deux genres que Philippe Videlier, historien au CNRS et romancier, s’emploie à dépasser en une féroce et jubilatoire synthèse ? Un style.

     

    C’est-à-dire, d’abord, une manière de raconter. Lawrence d’Arabie, Nizan, bien sûr, Nasser… une foule de personnages se presse dans ces pages, plus romanesques que bien des héros de roman. C’est un somptueux et tragique kaléidoscope que Philippe Videlier déploie devant nous, où se mêlent violence coloniale, complots, espions, pogroms, assassinats et conflits chauds ou froids de toutes sortes. Il le fait avec la fausse nonchalance et l’ironie sombre d’un Vialatte qui survolerait les siècles et la péninsule Arabique. S’offrant des chapitres de pure comédie (la déposition du roi d’Égypte est un régal), citant malicieusement Tintin, lequel concurrence Rimbaud dans le rôle de figure récurrente (« Chiens d’Anglais ! Ils jettent des tracts ! »).

     

    De Vialatte, il a cet autre ingrédient du style : l’art de la phrase. Et, comme celle de l’auteur des Fruits du Congo, la sienne procède par accélérations soudaines et juxtapositions inattendues. Ainsi de ce déclenchement de la Première Guerre mondiale : « Par malchance (…) l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, se fit moucher par un Browning 7,65 à l’entrée du petit pont enjambant une rivière. 28 juin 1914, onze heures quinze. À Paris, au Café du Croissant, le socialiste Jean Jaurès, un barbu bon mangeur, reçut une balle dans l’occiput en terminant sa tarte aux fraises. 31 juillet, vingt et une heures quarante. D’assassinat en assassinat, avec une rapidité effarante, l’Europe sombra ». Ou de ce portrait de Nasser : « Il était une sorte de Simbad, Nasser, parti à l’aventure contre les monstres et les éléments. Son père était employé des Postes ».

     

    On constatera une fois de plus que la phrase et le style en général sont bien un point de vue sur le monde. Sans rien amoindrir des violences, des haines, de l’oppression et de l’exploitation de l’homme par l’homme, l’auteur de Quatre saisons à l’Hôtel de l’Univers nous place à ce point de vue élevé pour nous faire traverser un siècle et demi de bruit, de fureur et de drames grandioses ou dérisoires. On le parcourt comme un roman.

     

    P. A.


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  • Paroles d'écrivains« C’était une belle neige d’une pureté boréale. Jean Rabe la regardait avec appétit comme quelque chose qui se mange. Toute la vie intellectuelle de Jean Rabe, depuis sa sortie du lycée, semblait consacrée au perfectionnement des désirs de choses qui se mangent. Il était devenu d’une habileté surprenante dans l’art d’imaginer des nourritures. »

    Pierre Mac Orlan, Le Quai des brumes


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  • https-_s-media-cache-ak0.pinimg.comCe qui est bien avec le livre de Gaëlle Obiégly, c’est qu’on peut l’ouvrir n’importe où pour en lire un fragment au hasard. Très pratique quand on doit sauter beaucoup de fragments. Comme c’est le cas. Car lire de a à z ce texte de 300 pages ne saurait être sérieusement envisagé.

     

    Bouclée dans les lieux

     

    Le dispositif, alléchant, pouvait pourtant laisser l’espoir d’y parvenir, et y autoriserait peut-être s’il était exploité un tant soit peu. Celle qui ici dit je se trouve par accident enfermée pour tout un week-end dans les WC de l’entreprise où elle est hôtesse d’accueil ; elle n’a à sa disposition qu’un Bic et le papier qu’on trouve d’habitude en pareil lieu ; elle écrit. Ce qui lui vient, dans un désordre qui, d’après la quatrième de couverture, n’est qu’apparent. Et on lui fera confiance sans creuser d’avantage, car quand on saute beaucoup il est difficile de se faire une idée sur ce point précis. Mais même comme ça on remarque qu’en effet, quand elle a parlé par exemple de mobylette, eh bien, un peu plus loin, elle reparle de mobylette.

     

    De quoi parle-t-elle ? Il y a trois ingrédients dans ce qui ne s’intitule pas roman mais se place sans manières sous le patronage de Montaigne, cité en exergue. D’abord, ce que j’appellerai des saynètes : dans l’avion ; au travail ; la sieste aux cabinets ; portrait du demeuré Gigi… On regrette qu’il n’y ait pas que cela, ces petits morceaux nerveux, charnus, chargés d’humour, auxquels les courtes phrases donnent une énergie sèche. Mais hélas…

     

    Il y a aussi, Montaigne oblige, sans doute, les réflexions. Et ce sont, au présent de généralité, l’index levé, des flots de considérations sur les enfants inévitablement plus intéressants que les adultes, les Africains plus beaux que les autres, « les personnes qui fonctionnent dans la société… moins intelligentes que celles qui ne fonctionnent pas ». Original, n’est-ce pas ? Gaëlle aime les maximes : « Être jeune, cela signifie être en mutation, incomplet, dans l’ébauche » ; « Tout ce qui est écrit est fiction » ; « La vie de chacun est une restitution du monde »… Vous en voulez encore ?

     

    Être quelqu’un

     

    Elle vous en donnera. Elle en a en réserve, et est visiblement persuadée du prix qu’ont ses opinions personnelles. Comme tout ce qui vient d’elle, sans doute, ainsi que l’attestent les souvenirs et éléments d’autoportrait qui sont le troisième filon où puise sa prose inlassable. Vous êtes malvenu, me dira-t-on, de reprocher aux autres de parler d’eux. Mais c’est qu’il y a la manière… Savoir parler aux autres en parlant de soi suppose peut-être de ne pas avoir de soi une trop bonne opinion. Or, le titre est une antiphrase, tant celle qui parle ici est sûre, ça saute aux yeux, d’être quelqu’un, et pas n’importe qui. Un écrivain, d’abord (elle le répète assez). Qui a vécu à Vienne et à Moscou (mazette). Qui se place en dehors des conventions et en marge de la vie sociale (ainsi qu’il sied). Et a les idées qu’il convient d’avoir en pareil cas (voir plus haut). Tout cela devrait la rendre intéressante, c’est sûr, ou alors il y a de quoi y perdre son latin.

     

    Mais ne soyons pas négatif : en sautant, avec un peu de chance et d’adresse, on reconstituera un autre livre, où n’entrera que l’ingrédient numéro 1 (saynètes). Il sera très lisible. Et, de surcroît, trois fois moins gros. Souhaitons que Gaëlle Obiégly l’écrive directement, la prochaine fois.

     

    P. A.


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  • La librairie Vuibert… Il est édité par Vuibert,  sera disponible en librairie le 9 février et s’intitule Au bonheur des fautes, tout un programme. Sous-titre : Confession d’une dompteuse de mots. Son auteure, Muriel Gilbert, est en effet correctrice au Monde, c’est dire si elle s’y connaît en matière de mots et de fautes. Et j’ai trop souvent fait part de ma perplexité devant celles qui parsèment voire truffent plus d’un livre, parmi ceux qui me passent par les mains, pour ne pas célébrer ici les mérites d’une profession plus que jamais indispensable à l’heure des prétendus correcteurs automatiques.

     

    Au bord de l’autobiographie, Muriel Gilbert, sur le ton alerte et primesautier qui était déjà celui de son Blog tout rose, explique comment on devient, à son image, « chien truffier en quête de fautes », « femme de ménage astiqueuse de vocabulaire ». Mais elle donne aussi, bien sûr, de précieuses indications en matière d’orthographe et de correction grammaticale. Sans compter la virgule, dont je pourrais parler longtemps moi-même si je m’écoutais…

     

    P. A.


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