• photo Pierre Ahnne

     

    « Mon cas ressemble à celui du mendiant qui, en plein hiver, chante sur un pont, à minuit. Les passants ne donnent rien parce qu’ils trouvent cette façon de demander l’aumône un peu trop théâtrale. De même, en me voyant accoudé sur un parapet, mélancolique et désœuvré, les passants devinent que je joue la comédie. Ils ont raison. Mais, tout de même, ne pensez-vous pas que c’est une situation bien triste que celle de mendier à minuit sur un pont ou de s’accouder sur un parapet, pour intéresser le monde. »

     

    Emmanuel Bove, Mes amis


    votre commentaire
  • photos Pierre Ahnne

     

    « Il se dirigea vers les chevaux de bois, parc pour les cauchemars des enfants et pour la paresse somnambulique de ceux qui les accompagnent, venant à cette heure — les inusables quatre heures de l’après-midi — de vagabonds, de bonnes sortant du bain, emprisonnant les mains de bandes d’enfants qui contemplent avec des yeux énormes la brillantine de qualité inférieure que le soleil déverse sur les redingotes. »

     

    José Lezama Lima, Paradiso


    votre commentaire
  • photo Pierre Ahnne

     

    « On n’a jamais la vie qu’il faudrait avoir. C’est trop court ou c’est trop long. Elle est morcelée, divisée ; chacun en possède un morceau. On est chez l’un et chez l’autre. Je dois m’approcher de mon voisin pour me reconnaître et si, brusquement, on se prend d’amitié pour lui, c’est parce qu’on se retrouve à découvert, déjà connu. Mais où est celui qui tient le tout, à qui appartient l’ensemble ? »

     

    Jean Cayrol, Les Corps étrangers


    votre commentaire
  • achetezdelart.com

     

    « Quand elle aura les pieds sur ma pierre tombale, elle pensera : "Maintenant je marche sur les ossements de ce vieillard en enfance", mon esprit vivra, je ressentirai tout le poids de son corps, j’aurai un peu mal, sentant la douceur de velours de la plante de ses pieds. Même mort j’aurai conscience de cela. Il n’est pas possible qu’il n’en soit pas ainsi. »

     

    Junichiro Tanizaki, Journal d’un vieux fou

     

    Illustration : gravure de Tsuchiya Koitsu


    votre commentaire
  • montresanciennes.blogspot.fr

     

    « Il prit son père dans ses bras et le porta sur le lit. Il éprouva un sentiment d’épouvante quand il s’aperçut, au cours des quelques pas que dura le transport, que le père, contre sa poitrine, jouait avec sa chaîne de montre. Il ne put le coucher tout de suite tant le vieillard se cramponnait à cette chaîne. »

     

    Kafka, Le Verdict


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique