• Où étiez-vous tous, Paolo Di Paolo, traduit de l’italien par Renaud Temperini (Belfond)

    a141.idata.over-blog.comSon premier livre traduit (Tanta Vita, Belfond, 2014) m’était tombé des mains. Mais parfois les livres se présentent au mauvais moment, et on fait si grand cas de cet auteur né en 1983, tout à la fois romancier, homme de théâtre et journaliste… Antonio Tabucchi va jusqu’à le sacrer « jeune prodige des lettres italiennes » : un tel parrainage valait bien que je me penche sur cet Où étiez-vous tous, qui nous arrive, sans point d’interrogation, déjà tout couvert de lauriers.

     

    Comment ne pas comprendre cet homme ?

     

    D’ailleurs, il se lit jusqu’au bout, ce roman-ci, et même avec un peu d’amusement de temps à autre. Le père du jeune narrateur est un enseignant retraité depuis peu, qui, passant en voiture devant son ancien établissement, quelle idée, se voit interpellé et moqué par le pire de ses ex-élèves. Dans un mouvement d’humeur bien compréhensible, il le renverse d’un coup de pare-chocs. Ce n’est sûrement par moi qui lui jetterais la pierre. Et le récit de ses démêlés avec les parents du cancre comme la description des bouleversements que provoque l’incident dans la vie familiale (fugue de la mère à Berlin, réminiscences et perplexités du fils devant la figure paternelle…) n’est pas toujours privé d’humour ni de justesse. S’il n’y avait que cela, ça irait.

     

    Du danger d’avoir des idées

     

    Mais, hélas, Paolo Di Paolo a une grande idée, dont son héros, étudiant en histoire et subtilement prénommé Italo, peine à faire un sujet de master : « Dans le mémoire (…) que j’écrirai un jour, j’ai l’intention », dit-il, « de faire un travail à la fois d’historien et d’écrivain (…). C’est-à-dire de comprendre comment l’Histoire et les vies privées s’entrecroisent ». Car elles s’entrecroisent, figurez-vous, et, tout en déroulant paresseusement le fil de son intrigue à base d’adolescents, de profs, de pères et de fils, l’auteur du roman s’efforce de faire œuvre d’écrivain et d’historien. C’est-à-dire qu’il s’interrompt à tout bout de champ pour se livrer à des considérations navrées sur le temps qui passe et les années Berlusconi, ponctuées de pensées profondes et de questions originales : « Ce n’est pas pour toujours, rien ne l’est » ; « Est-il possible d’interroger son père ? » ; « Où se situe la vérité sur quelqu’un ? ». Puis, délaissant pour un temps la haute philosophie, il revient aux individus et à leurs déboires sentimentaux, adoptant aussitôt un style poétique digne des chansons de variété les mieux venues : « Connaître quelqu’un ! Lui demander son numéro de téléphone, son adresse… Commencer à imaginer les espaces qu’on n’a jamais vus… ».

     

    C’est, paraît-il, ce qu’on appelle « un roman générationnel ». La génération dont il s’agit est celle de l’auteur, qui a donc grandi sous le règne de Berlusconi. D’où la seconde grande idée du livre : pour dire ces années de confusion, placées sous le signe de la superficialité et du zapping, seul serait adéquat un roman-puzzle, fait de ruptures, de fragments, d’alternances entre les époques, les fils conducteurs et les types de discours. C’est à un tel roman que s’applique visiblement Paolo Di Paolo. Il a réussi : l’ouvrage mime si bien ce qu’il dénonce qu’il en viendrait presque à y ressembler.

     

    P. A.


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