• Comme tous les ans, des rappels et des suggestions, à déguster à l’abri de froidures qui s’annoncent cette année plus métaphoriques que sensibles…

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

     Des livres dont j’ai parlé…

     

    Vea Kaiser, Blasmusikpop (Presses de la Cité)

    Une de mes découvertes de la rentrée : le premier roman de cette jeune écrivaine autrichienne mêle chronique villageoise, récit d’éducation et réflexion sur le même et l’autre avec une énergie jubilatoire.

     

    Michel Longuet, Le Divan illustré (Les Impressions nouvelles)

    L’admirable dessinateur se révèle aussi un écrivain dans ce récit d’une analyse qui associe subtilement ses deux talents.

     

    Herta Müller, Dépressions (Gallimard)

    Au-delà du témoignage sur son enfance roumaine, la Prix Nobel de langue allemande parle de l’être au monde, comme toujours.

     

    Gilles Pétel, Exhibitions (iggybook)

    Mon ancien compagnon de blog évoque l’art contemporain et la chair, dans un roman qu’on pourra à bon droit dire bien troussé.

     

    Gilles Sebhan, Retour à Duvert (Le Dilettante)

    L’auteur de Tony Duvert, l’enfant silencieux (Denoël, 2010) repart sur les traces du grand écrivain sulfureux, pour une biographie qui fera date.

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

     Des livres dont je vais parler…

     

    Ce n’est pas parce que la rentrée de janvier arrive qu’il faudrait cesser d’évoquer les titres de celle de septembre. Parmi ceux-ci, il en est deux que je recommande d’ores et déjà avant d’y revenir plus longuement :

     

    Football, de Jean-Philippe Toussaint (Les Éditions de Minuit)

    … et pourtant je ne suis, et c’est peu de le dire, guère amateur de ballon rond…

     

    …et Un millier d’années de bonnes prières, de Yiyun Li, qui vient de reparaître chez 10-18, et dessine de bouleversants visages de la Chine contemporaine.

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Des livres dont je pourrais parler plus longuement…

     

    J’ai peu de goût pour les genres, que tant de lecteurs prisent. Mais en les revisitant avec grâce on peut en tirer bien des choses…

     

    Annette Fern, Fais ta prière, Shimon Lévy (Le Verger)

    Les juifs alsaciens et les Alsaciens tout court ayant des amis juifs ne seront pas les seuls à goûter les charmes de ce roman policier qui ne l’est qu’à demi. À l’enquête obligée du commissaire Schweitzer se mêle en effet celle qui lui fait découvrir, en explorateur un brin ahuri, le judaïsme strasbourgeois, ses rituels, ses codes, son histoire singulière qui recoupe celle de toute une région. Annette Fern, spécialiste de yiddish et auteure de théâtre, esquisse une réflexion sur le mélange des cultures.

     

    Loupetitou, Les Aventures du chevalier de Torgluff (Sous la cape)

    Sous ce pseudonyme au sérieux discutable se cache un auteur dont j’ai déjà parlé, de même que j’ai déjà mentionné le facétieux éditeur de ce roman de cape et d’épée qui traverse l’Europe, de Bretagne en Pologne, à une allure étourdissante. On n’y chevauche pas que des purs-sang : ni hommes ni femmes n’échappent à la fougue du chevalier ; même les mules, mon Dieu, ne sont pas à l’abri. Mais le XVIIe siècle se déploie aussi peu à peu dans toute sa complexité, et l’auteur sait rendre au passage les jeux de la lumière et des saisons.



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    Comme tous les ans à pareille époque, voici un petit rappel des livres qui m’ont le plus séduit depuis le début de l’année 2015 — et quelques suggestions supplémentaires, au seuil de la pause estivale…

     

    La Maison-Guerre, Marie Sizun (Arléa)

    … ou la guerre vue de biais par les yeux d’une petite fille. Marie Sizun excelle à ressusciter les angoisses et les émerveillements de l’enfance.

     

    Le Livre des paraboles. Un roman d'amour, Per Olov Enquist, traduit du suédois par Anne Karila et Maja Thrane (Actes Sud)

    La fabrique d’un roman possible, où le grand écrivain suédois parlerait de l’amour, spirituel et, surtout, charnel.

     

    L'Insatiable Homme-Araignée, Pedro Juan Gutiérrez, traduit de l’espagnol par Olivier Malthet (10-18)

    La Havane est une « grande caverne humide et crasseuse », et le narrateur de l’écrivain cubain y court de femme en femme, au gré d’une narration chaotique, drôle, rigoureusement aléatoire.

     

    La Mesure de la dérive, Alexander Maksik, traduit de l’anglais par Sarah Tardy (10-18)

    Une jeune Libérienne en exil clandestin à Santorin s’efforce de survivre sans penser au passé. Mais celui-ci la guette, et le lecteur aussi, au terme d’une dérive magnifiquement insidieuse.

     

    L'Homme qui avait deux yeux, Matthias Zschokke, traduit de l’allemand par Patricia Zurcher (Zoé)

    Il a deux yeux et regarde le monde de loin en se gardant d’intervenir. Autour de presque rien, Matthias Zschokke construit d’extravagantes et jubilatoires arabesques narratives.

     

    Gil, Célia Houdart (P.O.L.)

    Pour dire l’essentiel d’une vie vouée à la musique, Célia Houdart parle d’autre chose — ce qui est la meilleure manière d’approcher un peu l’essentiel.

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    En guise de complément, revoir aussi mes suggestions de décembre 2014…

     

     

    … et ajouter à tout cela :

     

     

    La Sumida, Nagaï Kafû, traduit du japonais par Pierre Faure (Gallimard / Unesco)

    Les paysages de l’ancien Tokyo et leur beauté mélancolique portent ici l’essentiel d’une intrigue évanescente. Modiano citait Kafû dans son discours de Stockholm. Il avait raison.

     

    Et tu n’es pas revenu, Marceline Loridan-Ivens (Grasset)

    Ce n’est pas un roman. Ce n’est pas non plus le récit de sa captivité à Auschwitz-Birkenau. C’est une longue adresse à son père, qui, lui, n’en est pas revenu. Bouleversant.

     

    Huit Nocturnes, Patrick Boman (Sous la cape)

    Chez un éditeur imaginatif et malicieux, l’écrivain-voyageur Patrick Boman construit en huit nouvelles une manière de tombeau pour son héros l’inspecteur Peabody : ports d’Europe au pavé pluvieux, touffeurs indiennes, tous les ingrédients de l’Aventure, plus l’humour et la nostalgie.

     

     

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  • Toujours soucieux de rendre votre quête du cadeau à faire moins angoissante, je vous propose comme en chaque mois de décembre une petite récapitulation du meilleur de cette rentrée littéraire telle que je l’ai vue.

     

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année 2014

     

     

     Des nouveautés…

     

    … assez décevantes, somme toute, les ouvrages les plus célébrés n’étant pas nécessairement ceux qui auraient le plus mérité de l’être. Il y a malgré tout certains livres qui consolent.

     

     

    Claudie Hunzinger, La Langue des oiseaux (Grasset)

     

    Comme toujours, la forêt, la solitude, la force qu’y prennent les rapports énigmatiques entre les êtres et les choses. Mais Claudie Hunzinger feint ici de se frotter au roman, renouvelant ainsi l’interrogation sur le moi et le monde qu’elle poursuit de livre en livre.

     

     

    Gilles Sebhan, Mandelbaum ou le rêve d'Auschwitz (Les Impressions nouvelles)

     

    Dans cette biographie du peintre bruxellois mort à vingt-cinq ans, Gilles Sebhan construit un vertigineux jeu de miroirs, et approfondit encore quelques-uns de ses thèmes de prédilection : la représentation, la violence, le rapport à l’excès et au père…

     

     

    Éric Vuillard, Tristesse de la terre (Actes Sud)

     

    Le beau récit d’Éric Vuillard n’est pas vraiment une vie de Buffalo Bill, mais une méditation funèbre sur la mort des civilisations et le goût moderne pour les spectacles et les mythes.

     

     

    Yasunari Kawabata, Première neige sur le mont Fuji (traduit du japonais par Cécile Sakai, Albin Michel)

     

    Des nouvelles inédites de Kawabata. Le grand auteur japonais construit des écrins à ses lumineuses et mystérieuses épiphanies.

     

     

    Giovanni Arpino, Giovanni le bienheureux (traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Belfond)

     

    Ce premier roman, inédit en français, d’un grand écrivain italien méconnu parle de Gênes à l’époque de sa parution (1952), de la misère, du vin, de la quête tragique d’un bonheur qui tiendrait tout entier dans le présent pur. 

     

     

     

     C’est aussi du côté des rééditions qu’il faut, bien souvent, se tourner…

     

     

    Don Carpenter, La Promo 49 (traduit de l’anglais par Céline Leroy, 10-18)

     

    Je découvre peu à peu l’œuvre de Don Carpenter, où ces brefs récits tiennent à mon avis une grande place. À partir d’une galerie de personnages au seuil de l’âge adulte, ils composent un faux roman déchirant sur l’inconstance des illusions et le destin inéluctable.

     

     

    Claire Keegan, À travers les champs bleus (traduit de l’anglais par Jacqueline Odin, 10-18)

     

    L’écrivaine irlandaise sait parler sans pittoresque des nuages, du vent, des landes de son pays natal. Et dire en quelques pages toute une vie, avec le point à peine perceptible autour duquel elle bascule.

     

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année 2014

     

     

     Enfin, il y a toujours des livres dont je n’ai pas eu le temps de parler comme je l’aurais voulu.

     

     

    Thierry Beinstingel, Faux nègres (Fayard)

     

    Le gros livre de Thierry Beinstingel ne s’est pas trompé de rythme : il fallait la longueur et une certaine forme de ressassement à cet étrange roman d’une enquête journalistique dans un village des Ardennes qui vote pour l’extrême droite. L’alternance entre le récit proprement dit, les fragments de discours ambiant, la vie de Rimbaud vue par éclairs, composent un assez fascinant morceau de littérature.

     

     

    Mireille Abramovici, À l’encre rouge (Les Impressions nouvelles)

     

    Artiste, juif, résistant, le père de Mireille Abramovici a disparu dans la tourmente. Elle raconte ici non pas vraiment sa vie, mais l’enquête qu’elle-même mène à travers l’Europe sur ses traces. Réussissant aussi par là une belle réflexion sur la mémoire.

     

     

     

     Et puis…

     

    Un des plus beaux romans américains du XXe siècle vient de reparaître chez Belfond (collection [vintage]). Il s’agit du Pouvoir du chien, de Thomas Savage, traduit de l’anglais par Pierre Furlan. Vous n’aurez plus d’excuses pour ne pas l’avoir lu.

     

    photos Pierre Ahnne


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  •  Avant d’adopter, comme chaque année pendant quelques semaines, un autre rythme, voici des idées pour les longues siestes et les heures tardives entre des draps frais, par temps chaud.

     

    Quelques lectures pour l’été 2014

     

     

    Des livres dont j’ai parlé au cours de l’année…

     

    Sofia s'habille toujours en noir, Paolo Cognetti, traduit de l’italien par Nathalie Bauer (Liana Levi)

     

    La vie de Sofia en dix fragments. Rapide, nerveux, tout un art du blanc et du temps. Et l’Italie en perspective, des « années de plomb » à nos jours.

     

    Le Fidèle Rouslan , Gueorgui Vladimov, traduit du russe par François Cornillot (Belfond [vintage])

     

    Le goulag vu par les yeux d’un chien, plus humain que bien des hommes, sans anthropomorphisme. Un chef-d’œuvre, tout simplement.

     

    Salamandre, Gi lles Sebhan (Le Dilettante)

     

    Sous les apparences du roman, Gilles Sebhan poursuit, en forme de lamento grinçant, sa quête de l’indicible.

     

     La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon (Actes Sud)

     

    L’histoire de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, ou comment parler du corps et de la fabrique des corps. Il y a des succès de librairie mérités.

     

     La Corde, Stefan aus dem Siepen, traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès (Écritures)

     

    La corde de Stefan aus dem Siepen s’enfonce dans les grands bois et dans les profondeurs de l’âme allemande. Une belle fable énigmatique.

     

     

    Quelques lectures pour l’été 2014

     

     

     … des livres dont j’aurais voulu parler plus longuement …

     

    Paris nécropole, Stéphane Lambert (L’Âge d’homme)

     

    Comme toujours chez Lambert, le désir et l’art jouent le premier rôle dans ce roman étrange et labyrinthique, qui est aussi un bel hommage au Rodenbach de Bruges-la-Morte.

     

     Patience, John Coates (Belfond [vintage])

     

    Après sept ans de mariage, Patience la bien-nommée découvre avec émerveillement et candeur la jouissance. Un portrait humoristique et tranquillement audacieux de l’Angleterre vers 1953.

     

     

    Quelques lectures pour l’été 2014

     

     

     … et puis…

     

     Pour ceux qui n’auraient pas encore lu Sous la Manche, le troublant faux polar de mon ex-co-blogueur, Gilles Pétel, ce roman vient de paraître en Livre de poche. Format commode pour le temps du vagabondage.

     

    photos Pierre Ahnne

     

     


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  •  Des livres dont je n’ai pu parler cet automne mais que je vous recommande chaudement en cette période qu’on dit « de fête », soit que vous les déposiez sous un arbre soit que vous les savouriez au coin d’un âtre…

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année

    photo Pierre Ahnne

     

     

     

    Pierre Bergounioux, Le Style comme expérience (L’Olivier)

     

    Le grand sujet de Bergounioux, décidément, c’est l’origine. Celle, ici, plutôt que du style à proprement parler, de la littérature, liée à la division du travail dans les sociétés de classes. L’admirable prosateur nous raconte en 70 pages cette naissance et la lente émancipation qui s’est ensuivie, depuis Homère jusqu’à Faulkner.

     

     

     

    Alain Blottière, Mon île au trésor (Arthaud)

     

    Au cours de l'entretien qu’il a accordé à ce blog, Alain Blottière parlait de ses lectures d’enfance et de l’importance qu’elles avaient eue dans sa formation d’écrivain. Son trésor est une histoire vraie et son île existe sur un lac authentique au fond du désert de Libye. Mais à se plonger dans ce récit d’une quête à travers des lieux improbables et superbement évoqués, on retrouve toute la magie des premiers bonheurs de lecture. Et cette recherche d’un trésor qui ne cesse de se dérober pourrait bien être aussi une métaphore de la littérature elle-même.

     

     

     

    Maryline Desbiolles, Vallotton est inadmissible (Seuil)

     

    En longues phrases souples et nerveuses, Maryline Desbiolles décrit les tableaux de Vallotton, s’efforçant de reconstituer la violence qui les habite : violence d’une peinture qui tue le modèle, le réduit à des aplats de couleurs brutales et, « par soustraction », « par abstraction », semble s’acheminer vers le vide.

     

     

     

    Éric Faye, Somnambule dans Istanbul (Stock)

     

    Éric Faye nous le disait récemment, lui aussi sur ce blog, « la mélancolie des lieux » est pour lui un des éléments déclencheurs de l’écriture. Qu’il s’agisse d’Istanbul, des cités interdites de l’ancien empire soviétique, de la Sibérie, du Groenland ou du Japon, les endroits qu’il évoque paraissent tous au bord du monde. On est pris d’un léger vertige à les parcourir avec lui, au gré d’une prose subtile, toute de nostalgie et d’humour.

     

     

     

    Pierre Kretz, Le Disparu de la route des vins (Le Verger)

     

    Je ne suis pas amateur de polars mais ce n’est pas un polar comme les autres, et pas seulement parce qu’il se déroule dans une région qui m’est chère. « On n’échappe pas à l’Histoire » nous a dit Pierre Kretz, et en Alsace moins qu’ailleurs. Je ne révèlerai bien sûr pas quel changement de tonalité imprévu transforme une enquête jubilatoire au pays du vin blanc en réflexion sur l’identité et les langues. Mais qu’un héros de roman policier s’exprime uniquement en latin est assez peu courant pour être signalé.

     

     

    Quelques lectures pour la fin de l’année

    photo Pierre Ahnne

     

     

     

     

    J’ajoute que la belle revue Passage d’encres, dirigée par Christiane Tricoit, consacre son numéro # 03 aux transitions, thème tout à fait passionnant envisagé ici sous toutes ses formes et, comme toujours, magnifiquement illustré.

     

     

     

    Enfin, un petit rappel…

     

    David Malouf, Une rançon (traduit de l’anglais par Nadine Gassie, Albin Michel)

     

    Je ne me lasserai pas de le redire : le roman de David Malouf, réécriture du dernier chant de L’Iliade où une réflexion sur l’art du récit et une méditation sur le temps se mêlent dans une rayonnante et trompeuse simplicité, est peut-être le grand roman de cette rentrée littéraire.

     

    P. A.

     


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