• Le moment est venu, en ces premiers jours de décembre, de jeter un regard rétrospectif sur une rentrée dont je vous proposais il y a quatre mois une Vue cavalière.

     

    Belle et bonne rentrée, dans l’ensemble, que des prix mérités ont couronnée parfois. J’aurais pu citer d’autres livres encore, et vous pouvez les retrouver dans les pages qui précèdent. Mais voici déjà de quoi faire face aux fêtes… Je vous les souhaite heureuses, malgré le trouble des temps.

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    L’adolescence est à l’honneur…

     

     

    Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu (Actes Sud)

     

    Ce n’est pas parce qu’elle a obtenu le prix Goncourt qu’il ne faudrait pas le redire : cette histoire de jeunes gens en proie à la fureur de vivre dans les vallées désindustrialisées de la Lorraine est un grand roman.

     

     

    Anomalie, Julie Peyr (Équateurs)

     

    Le second roman, treize ans après le premier, de celle qui, entre-temps, s’est surtout illustrée comme scénariste. Beau récit poétique, baigné par les eaux inlassables de la Seine.

     

     

     

     … la nature aussi

     

     

    Route 62, Ivy Pochoda, traduit de l’anglais par Adélaïde Pralon (Liana Levi)

     

    Sur les routes du désert ou dans la jungle des bas-quartiers de Los Angeles, les héros de ce récit-mosaïque se fuient pour finir par, inévitablement, se retrouver. La grande tradition du roman américain.

     

      

    L'Habitude des bêtes, Lise Tremblay (Delcourt)

     

    Posant et refusant les pièges du romanesque, l’écrivaine canadienne installe, dans des forêts et près d’un lac qu’on ne verra jamais vraiment, des personnages confrontés au raccourcissement des jours.

     

     

     

    Parfois, les deux

     

     

    Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui (JC Lattès)

     

    En fragments secs, précis et lumineux, elle raconte l’enfance algérienne près de la Méditerranée, la découverte de l’homosexualité, l’écriture…

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

    Un tombeau…

     

     

    François, portrait d'un absent, Michaël Ferrier (Gallimard)

     

    Entre jazz et art de la fugue, ce tombeau pour un ami défunt est une subtile manière d’envisager la mort. Il a été couronné par le prix Décembre.

     

     

     

    … et deux rééditions

     

     

    Le Con d'Irène, Aragon (Mercure de France)

     

    Paru sans nom d’auteur en 1928, ce faux récit érotique est avant tout une célébration de l’écriture en tant que pensée.

     

     

    Berlin finale, Heinz Rein, traduit de l’allemand par Brice Germain (Belfond)

     

    Écrit à chaud, paru en 1947, un formidable document qui est aussi le tableau halluciné d’un monde en flammes.

     

    photo Pierre Ahnne

     

     


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  • echenet.free.fr

     

    Voici la huitième rentrée de septembre depuis la création de ce blog. Puisque à présent elle a lieu au mois d’août, parlons-en déjà. Et jetons, sur les livres dont il sera question, au cours des semaines à venir, dans ces pages, un de ces coups d’œil qui s’offraient jadis depuis un cavalier — c’est-à-dire, en matière de fortifications, une éminence destinée à observer de haut les défenses de l’ennemi.

     

    Qu’est-ce qui se dessine à l’horizon, dans le désordre et le hasard des lectures ? Le beau roman de Jérôme Ferrari, toujours corse mais pas seulement (À son image, Actes Sud). Vivre ensemble, d’Émilie Frèche (Stock) — l’ouvrage suscite une polémique, mais la vaut-il ? Un remarquable roman américain, entre jungle urbaine et désert, Route 62, d’Ivy Pochoda (Liana Levi). Le premier roman de Julie Peyr depuis Le Corset (Denoël, 2005) : il y est question d’adolescence, de banlieue, de fureur de vivre (Anomalie, Équateurs).

     

    L’Habitude des bêtes, de l’écrivaine canadienne Lise Tremblay (Delcourt), qui joue et déjoue les attentes du lecteur, parle fort bien du temps et de la mort qui approche. Confessions d’une cleptomane, de Florence Noiville (Stock), annonce clairement la couleur dans son titre. Ce n’est pas le cas du Paradoxe d’Anderson, de Pascal Manoukian (Seuil), qui chante la fierté et le malheur d’être ouvrier dans le Beauvaisis.

     

    Et il y aura aussi, toujours au Seuil, Midi, le troisième roman de Cloé Korman. Il y aura Jim Crace (La Mélodie, Rivages). Un premier roman qui parle de la Guadeloupe (Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle [Liana Levi]). Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, où il est question de jeunesse, de désir et d’ennui dans le Grand Est (Actes Sud). Nuit sur la neige, de Laurence Cossé, une histoire d’amour multi-genres dans les années 1930, et François, portrait d’un absent, où Michaël Ferrier parle de la mort d’un ami et des souvenirs qu’elle ranime (tous deux chez Gallimard).

     

    Et peut-être également Yiyun Li (Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie, Belfond). Blandine Fauré (Faune et flore du dedans, Arléa). Mais sans doute pas La Vallée des Dix Mille Fumées, de Patrice Pluyette (Seuil) ni Presque une nuit d’été, de Thi Thu (Rivages), ce dernier pourtant déjà tant vanté : je n’ai pas réussi à les lire jusqu’au bout.

     

    À bientôt pour ces nouvelles aventures, d’autres suivront. Et merci pour votre fidélité.

     

    P. A.


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  • Le moment arrive où ce blog va se taire, sauf l’un ou l’autre billet estival, jusqu’à la rentrée. Alors, vous entendrez parler de Jérôme Ferrari, de Jim Crace, de bien d’autres dont, peut-être, on parlera un peu moins ailleurs.

     

    En attendant, quelques idées, parmi les livres que j’ai aimés depuis janvier, pour des lectures que je vous souhaite heureuses et modérément caniculaires…

     

     

    photo Pierre Ahnne

     

     

    Voleur, espion et assassin, Iouri Bouïda, traduit du russe par Sophie Benech (Gallimard)

    L’enfance et la jeunesse d’un futur écrivain dans l’URSS finissante. Province, frénésie, alcool, sexe, désordre… Un roman russe inoubliable, sous le patronage de Gogol.

     

    La Désertion, Emmanuelle Lambert (Stock)

    Dans ce roman étrange, au charme hypnotique, l’auteure d’Apparitions de Jean Genet campe un personnage de femme et construit une méditation sur le langage et sur l’absence.

     

    Fraternelle mélancolie, Stéphane Lambert (Arléa)

    Parti pour évoquer l’amitié entre Nathaniel Hawthorne et Herman Melville, Stéphane Lambert traque, « au fond des grandes eaux du mystère », l’objet sans fin dérobé de toute littérature.

     

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    Chien blanc et balançoire, Mo Yan, traduit du chinois par Chantal Chen-Andro (Seuil)

    Sept nouvelles du Prix Nobel de littérature 2012. On y retrouve l’histoire de la Chine contemporaine, le petit peuple des campagnes, l’indifférence d’une nature superbe… Et l’écriture éblouissante, qui mêle les tonalités et se meut dans l’ambiguïté ainsi que le poisson dans l’eau.

     

    Instantanés d'Ambre, Yôko Ogawa, traduit du japonais par Rose-Marie Makino Fayolle (Actes Sud)

    Trois enfants grandissent loin du monde dans un vaste jardin ceint de murs. L’écrivaine japonaise nous raconte leur vie vouée à d’étranges rituels, et construit un de ces univers complexes et troublants dont elle a le secret.

     

    Cirque mort, Gilles Sebhan (Rouergue noir)

    L’auteur de Fête des pères se met pour de bon au polar. Le résultat : un livre baroque et vénéneux, qui multiplie les miroirs et les labyrinthes.

     

    Vies déposées, Tom-Louis Teboul (Seuil)

    Ce premier roman conte le quotidien des gens de la rue. Sans moralisme ni sociologie déguisée, il rend justice à ses héros par la simple grâce du style.

     

     

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  • Tous les ans, quand vient le temps des féeries terminales, j’ai coutume, les fidèles lecteurs de ce blog le savent, de récapituler mes enthousiasmes de la rentrée littéraire pour en faire des idées de cadeaux. Le choix, cette année, est difficile : pas mal de belles découvertes entre septembre et ces jours-ci. Il faut pourtant bien renoncer à rappeler certaines d’entre elles — vous les retrouverez en feuilletant, si on peut dire, mes dernières pages. Et pour mettre un peu d’ordre dans cette page-ci, j’ai classé mes préférences, subjectives, cela va sans dire, en fonction de critères qui le sont tout autant.

    En cliquant sur le titre, vous retrouverez l'article.

     

     

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    Les plus originaux

     

    Fief, David Lopez (Seuil)

    En toute justice, ce garçon devrait avoir de l’avenir : faire entrer dans la littérature la langue des banlieues sans prendre pour objet leurs célèbres problèmes, c’est déjà remarquable, par les temps qui courent. Et le jeune auteur préfère, en plus de ça, jouer de ses silences pour parler de l’essentiel… (Voir aussi l’entretien qu’il a accordé à ce blog).

     

    La Rivière, Esther Kinsky, traduit de l’allemand par Olivier Le Lay (Gallimard)

    Entre les genres littéraires, entre les souvenirs et les fleuves, la poétesse et romancière allemande construit un livre inclassable, fait d’épiphanies minuscules et d’éblouissantes rencontres avec le monde. Magnifique traduction d’Olivier Le Lay.

     

     

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    Les plus passionnants

     

    Dernières nouvelles des bolcheviks, Philippe Videlier (Gallimard)

    L’auteur de Quatre saisons à l’hôtel de l’Univers applique à la Révolution russe sa méthode : « conter la vérité comme s’il s’agissait d’une fiction ». En quatorze fragments, toute l’épopée se déploie, avec sa fin tragique, plus sûrement qu’au fil d’un roman-fleuve.

     

    Le Sympathisant, Viet Thanh Nguyen, traduit de l’anglais par Clément Baude (Belfond)

    Ce gros et brillant roman d’espionnage est aussi une étourdissante variation sur le thème du double. Et le jeune auteur américano-vietnamien y parle, en plus, entre les lignes, de l’écriture, à l’encre sympathique ou pas.

     

     

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    Les plus poétiques

     

    La Nuit des béguines, Aline Kiner (Liana Levi)

    Où l’on apprend que les béguines n’ont pas toujours été flamandes… Mais ce roman savant est plus qu’un roman historique. Portrait saisissant du Paris médiéval, il est aussi semé d’instants de grâce qui s’affranchissent de l’espace et du temps.

     

    Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb (Albin Michel)

    Il ne faut pas sous-estimer la prolifique Amélie : son roman de cette rentrée est un conte moderne à la manière de Perrault, plein de cruauté comme de grâce. En plus, il y a l’humour, et la langue sans reproche…

     

     

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    … et une grande réédition

     

    La Route au tabac, Erskine Caldwell, traduit de l’anglais par Maurice-Edgar Coindreau (Belfond, [vintage])

    Le grand écrivain du sud des États-Unis dépeignait la vie sans espoir des fermiers de la Grande Dépression. Son ton inimitable mêle la farce au tragique, sur un entêtant tempo de blues.

     

     

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  • photo Pierre Ahnne

     

    Nous y sommes. À une date qui pourrait faire pâlir d’envie ceux qui, dans l’Éducation nationale, rêvent de « reconquête » (du mois de juin, du mois de juillet, du mois d’août…), avant, donc, celle des écoliers, avant celle des députés et des ministres (qui viennent, il est vrai, de partir en vacances), avant même celle de la mode, voici, à peine défleuris les reposoirs, la rentrée littéraire. Dès le 17 août, les premiers livres descendront comme de blanches colombes sur les étals.

     

    Ce blog aussi va sortir, dès samedi, d’un sommeil estival à peine troublé par l’habituel Billet, consacré, cette année, à Paul-Jean Toulet le méconnu. D’auteurs méconnus il sera d’ailleurs régulièrement question au cours de l’année qui s’annonce, puisque j’inaugurerai bientôt une rubrique qui sera consacrée tous les mois à l’un ou à l’autre d’entre eux.

     

    Des auteurs plus connus recommenceront à se faire entendre, que ce soit dans mes quasi hebdomadaires Paroles d’écrivains ou dans les Entretiens, que je compte reprendre.

     

    Et puis, bien sûr, des Notes critiques… Vous entendrez bientôt parler de premiers romans remarquables, français (Fief, de David Lopez, au Seuil) et néerlandais (La Tanche, d’Inge Schilperoord, chez Belfond) ; d’écrivains qui ne sont plus vraiment des débutants, comme Alma Brami (Qui ne dit mot consent, au Mercure de France) ou Kaouther Adimi (Nos richesses, au Seuil) ; d’écrivains, enfin, déjà bien connus, tels Lola Lafon (Mercy, Mary, Patty, Actes Sud) ou Fabrice Humbert (Comment vivre en héros, Gallimard). Voilà pour les premières semaines.

     

    Et vous retrouverez partout, bien sûr, mes convictions (mes obsessions ?) : la littérature n’est ni une sociologie indignée ni une psychologie larmoyante ; elle n’est rien autre chose que ce qu’elle seule peut être — un art de (ne pas) dire. Moralité : le sujet, tant valorisé par les temps qui courent, est secondaire ; « Yvetot vaut Constantinople ».

     

    Bonne rentrée.

     

    P. A.


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