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    Photo0197.jpg Voilà un an et demi je disais ici même combien j'avais aimé le roman d'Alain Defossé, On ne tue pas les gens. Aujourd'hui il publie sous le titre étrange d'Azure une suite de petites fictions chez Émoticourt, maison en ligne spécialisée, comme son nom l'indique, dans les textes brefs. Pour une somme modique ceux-ci sont téléchargeables sur une liseuse ou, en format PDF, sur un ordinateur (link).

     

    Titre, disions-nous, énigmatique, et pour tout dire un peu agaçant : l'e final qui ouvre le mot à un dehors où il semble rester en suspens crée une gêne minuscule, un vague déséquilibre. Entre azur et azuré, faut-il le prononcer ou pas ? On pense à une fissure, à un défaut à peine visible dans ce qu'on aimerait imaginer comme un bloc homogène et plein.

     

    De fait, chacun des neuf textes paraît naître et se développer à l'intérieur d'une zone de fracture infime. D'ailleurs tout s'y passe toujours dans des durées très brèves ou des espaces très étroits (« seize mètres carrés », « vingt-cinq mètres carrés » où tient parfois une vie). Comme si Alain Defossé avait voulu thématiser et épuiser la notion même de « texte bref ».

     

    Il y a là des portraits (« Elle », « Célina »), des incidents dérisoires (« Hier », « Coup de grâce »), parfois tranquillement gonflés en discrètes apocalypses (« 15 mai »). Ce sont aussi de simples variations sur un thème de départ qui tient en une phrase, en quelques mots : « comme un éclair » ; « emporte-moi » ; « j’aime ton  silence » ; « je rêve d’Erevan »…

     

    Dans ces cadres resserrés se déploient soliloques et litanies — des phrases courtes égrenées par associations sonores autant que d’idées, et qui produisent vite un effet légèrement hypnotique. Il y a du Beckett dans cet art de l’infiniment petit où le réel semble se réduire au fil de la conscience ou de la voix. En plus doux, plus chantant. Mais le passage du temps et la mort sont toujours au cœur du calme et de  l’élégance — comme une fêlure dans l’azure.

     

    P. A.

     

     


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    http- hmf.enseeiht.fr travauxTous les livres de Bergounioux pourraient s’intituler « Géologies ». Quel que soit en effet l’objet particulier auquel ils s’attachent, ils travaillent toujours à le resituer dans le cadre plus vaste du monde qui l’a produit. Si l’on peut parler de quête des origines à propos de l’auteur du Premier Mot, c’est en ce sens : non la recherche d’une explication définitive, mais le va-et-vient obstiné entre l’être ou la chose et les conditions de leur naissance. Cela suppose un travail de creusement, de fouille, et l’écriture inimitable de Bergounioux — longues phrases contournées, nerveuses, insistantes — est ce travail même qui constitue aussi son seul sujet.

     

    Il se poursuit de livre en livre, qu’il y soit question de souvenirs d’enfance (La Bête faramineuse, C’était nous…), de la naissance d’un amour (La Maison rose), de peinture, de sculpture sur métal (La Casse) ; que le narrateur évoque ses propres expériences ou celles des autres : écrivains (Jusqu’à Faulkner, Une chambre en Hollande), aviateurs américains (B-17G), tankistes soviétiques (Le Baiser de sorcière)…

     

    Ici, c’est, à première vue, vraiment de géologie qu’on parle. L’enfant puis l’adolescent s’étonnait de l’effet déprimant que son cadre de vie habituel exerçait sur lui. Plus tard, il en est venu à relier ces humeurs aux composants du sol natal. Voilà le sujet. On y retrouve un certain matérialisme et même un certain marxisme de Bergounioux : la nature et les choses jouent un rôle essentiel, mais aussi les rapports sociaux que la nature et les choses induisent. Il sera question de la « rente foncière » autant que de « rostres de bélemnites ». Mais en passant : ne nous méprenons pas, Géologies n’est ni un traité ni un exposé théorique. L’outil, c’est le langage, et le narrateur prend un plaisir non dissimulé à faire chanter des mots qui resteront pour la majorité des lecteurs, dont je suis, pure musique : « éclats moustériens », « tradition acheuléenne », « épisodes transgressifs ou diluviens »…, de quoi rêver.

     

    De plus, et comme toujours, la réflexion s’ancre et se déploie dans le cadre d’une expérience individuelle, qui n’est pourtant que prétexte à ressaisir et éclairer un mode d’être au monde : même s’il a beaucoup fait usage d’un matériau autobiographique, le moi en tant que tel n’intéresse au fond pas Bergounioux ­— d’où peut-être des tonalités pascaliennes, quand il s’interroge à propos de « certaine humeur chagrine » ou déclare : « Ç’aura été un perpétuel sujet d’étonnement et de rumination que la caducité de mes desseins les plus fermes ».

     

    Chaque fois qu’il prend pour point de départ l’enfance dans un Sud-Ouest alors reculé, la volonté d’éclaircissement revêt comme ici une dimension qu’on pourrait dire géographique : « Deux maléfices agissaient conjointement pour faire de la vie qu’on menait, sur la périphérie, un irritant mystère. Le premier, qui est éternel, c’est l’enfance, l’étrangeté qu’elle trouve à ce qui se présente, où que ce soit. L’autre était situé et daté. C’était, justement, la périphérie, le retard à quoi se ramenait le fait d’être à l’écart ». Au mouvement d’approfondissement va donc devoir se superposer un va-et-vient entre ici et ailleurs, puisque « les vues que nous étions censés adopter (…) avaient pour particularité, toutes, de venir du dehors et, ce dernier, de ne pas ressembler à ce qui se donnait, à nos yeux, pour la réalité ». Au sortir de l’adolescence, le narrateur aura brièvement le goût de la géologie, né justement au moment où, s’éloignant des pourtours accablants et honnis, il accède à un autre régime de pensée, lequel le rend capable, une fois de retour, de chercher à comprendre ce qui les rendait si détestables. Le récit  de cinquante pages relate ce court moment.

     

    Mais ces cinquante pages sont exemplaires de l’art singulier de Bergounioux. L’épisode qu’il évoque, « situé et daté », s’organise autour d’un domaine aussi concret qu’il est possible. Et en même temps, comme le pluriel du titre le suggère, il est d’autres géologies. De sorte que celles-ci peuvent être aussi lues comme la métaphore et le programme d’une entreprise littéraire, qui, dans sa cohérence et son désintérêt radical de toute mode, fait de Pierre Bergounioux un des écrivains français les plus profonds.

     

    P. A.

     

    Ce texte est paru une première fois le 2 juin 2013 sur le site du Salon littéraire : link

     


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  • La Mort pose problème (Pierre Ahnne)Mon ami Philippe Arbogast dit qu'il faut s'entraîner pour quand on sera vieux. Il dit qu'en ce qui le concerne seul méchant et sans enfants comme il est il finira s'il a de la chance dans une maison de retraite bas de gamme,...

     

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  • 20130419 114726 « Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées ! » dit le poète. C’est certainement ce que Paul Otchakovsky s’est répété quand il a décidé de publier La Cattiva. Lise Charles est jeune, elle a l’air bien gracieux, elle est très diplômée — prix au Concours général, agrégation et j’en oublie. Elle dit qu’elle « déteste s’ennuyer », c’est original. Elle a écrit un premier roman, La Cattiva. C’est l’histoire d’une pimbêche et d’un intello un peu dadais qui passent leurs vacances dans une maison en Italie, près de Ferrare. Pour peindre la pimbêche Lise Charles trouve une justesse de ton qui laisse rêveur, et ce petit récit quotidien et vachard commence plutôt bien. On y trouve même des phrases tout à fait réjouissantes : « Elle se sentait si évidemment méchante que sa gorge se serrait de satisfaction » ; « Ils se détestaient maintenant, mais les mains de Pierre continuaient leurs caresses ; l’anguille remue bien plusieurs minutes après avoir perdu la tête, pensa Marianne »…

     

    Seulement ces gens sont cultivés, c’est là leur drame. Ah on n’abuse pas des smartphones et autres tablettes chez Lise Charles, il faut lui accorder cela. La seule fois où l’héroïne allume son téléphone il nous est bien précisé qu’elle n’a « pas eu besoin de [le] recharger en dix jours ». Mais des livres, ça oui, Musset, Flaubert, Rimbaud, bien d’autres, citations et pastiches, ça ne cesse pas. On voit que l’auteur a beaucoup étudié. D’ailleurs elle a tout l’humour et l’ingéniosité d’une élève de classe préparatoire. Par exemple le grand divertissement de nos deux amoureux en phase terminale est de faire des alexandrins — tous justes, on est bien obligé de le reconnaître au passage tout en se demandant distraitement à quoi ça rime. Naturellement nos héros écrivent, aussi. Cela permet à l’auteur de dépeindre ses propres efforts, dans une manœuvre astucieuse pour désarmer les malveillants : « Je voudrais écrire quelque chose, quelque chose qui ait du sens, mais je ne peux rien raconter, car je ne connais rien, il ne m’arrive rien ».

     

    Au bout de 268 pages d’humour hypokhâgneux et d’affèteries post-adolescentes, on éprouve comme un besoin de changer d’air. On ouvre, un peu par hasard et par association d’idées, Mistero doloroso, court roman d’Anna Maria Ortese traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli et publié voilà déjà plus d’un an chez Actes Sud. C’est toujours l’Italie mais à présent c’est Naples, et le XVIIIe siècle. L’histoire tient en peu de mots : une petite couturière qui aime le fils du roi se jette dans le puits. Elle nous est racontée par une narratrice omnisciente, mais pas complètement : « Pourquoi Cirillo agit-il ainsi, nous ne le savons pas. De lui à l’enfant du peuple dont il ignorait jusqu’au prénom, mais rencontrée ce soir-là pour la troisième fois, semblait aller et venir une complicité antérieure aussi bien à ces rencontres qu’à leur naissance même, insoucieuse de l’immense diversité du destin ». La distance que celle qui parle garde par rapport à ses personnages n’est pas, on le voit, celle du savoir, mais plutôt celle de l’étonnement devant « l’étrangeté du monde ». Tout ce dont il est question ici, êtres humains, objets, lieux, paraît entouré d’une sorte de halo et comme prêt à excéder ses propres limites pour se répandre dans une totalité plus vaste. Ainsi l’instant présent est-il toujours travaillé par un inexplicable sentiment de déjà-vu ; les gestes quotidiens évoquent ceux des tableaux qui montrent les saints et les anges dans les églises napolitaines ; les sentiments et les pensées débordent sans cesse en sensations, ou inversement : « La sottise de Ferrantina lui parut semblable au parfum des roses rouges qui, ce matin-là, ornaient la petite fenêtre » ; « Parfois, il lui semblait ­— lorsqu’elle marchait seule dans les rues en escaliers, apportant les paquets aux clientes — qu’elle n’avait presque aucun poids, qu’elle était aussi vide et bleutée que l’air. D’autres fois, un simple pétale de géranium tombé par hasard d’un vase fleuri sur sa main la lui rendait toute douloureuse ».

     

    Cette tendance générale de toute chose à l’expansion se traduit dans le ruissellement des couleurs et des odeurs qui imprègnent le livre du début à la fin : « petit vent odorant qui apport[e] la fraîcheur du citronnier » ; « verdâtre putride et plein de lumières rouges des maisons » ; jeune fille « toute rose, verte de romarin et rouge de foulards ». Porté par une sensualité qui paraît toujours tournée vers autre chose qu’elle-même, le lecteur se laisse vite captiver par l’étrange climat de mysticisme sans religion dans lequel flotte ce petit livre en sa simplicité déconcertante. Le mystère du titre baigne tout, et d’abord le récit en tant que tel. Son charme inexplicable, c’est sans doute ce qu’on appelle la grâce. On l’a ou on ne l’a pas.

     

    P. A.

     


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  • Depuis 1996, Christiane Tricoit dirige la revue Passage d'encres, qu'elle a fondée.

     

    "Art et Littérature", dit le sous-titre. Et en effet cette belle et copieuse revue de format 24 x 27,5 cm a édité une gravure ou une œuvre originales (Collector) avec chaque numéro  de sa série I (1996-2011). Trois numéros par an, maintenant deux (série II), dont la parution donne toujours lieu à un événement, plus une maison d'édition (voir détails à la fin de l’entretien). L'énergie et l'opiniâtreté qu'une telle entreprise exige en un temps de désaffection pour la lecture et pour la vie intellectuelle en général, voilà qui aurait suffi à justifier que je propose un entretien à Christiane Tricoit. Et le niveau d'exigence tant littéraire qu'artistique de sa revue représente un défi supplémentaire, qui augmentait mon envie de l'entendre.

     

    Avec son compagnon, elle a quitté Romainville (Seine-Saint-Denis) il y a près d’un an, après y avoir longtemps habité et mené des activités culturelles multiples, dont plusieurs « périphéries » du Marché de la poésie (lectures, rencontres). C'est donc par écrit qu'elle a bien voulu répondre à mes questions.

    Entretien avec Christiane Tricoit, revue Passage d'encres

     

    Marché de la poésie (peinture de Gaudaire-Thor, à droite)

     

     

     Comment en êtes-vous venue à diriger une revue littéraire ?

     

    C’est une très vieille idée, qui remonte à l’adolescence. J’aime l’écrit sous toutes ses formes, l’imprimerie et particulièrement l’objet revue, ainsi que la liberté de création qu’il permet. En ces temps d’information permanente et souvent creuse, la revue offre en effet un décalage, un temps, à la pensée et au regard. Un jour j’ai créé l’association loi 1901 « Passage d’encres » (1995), la revue et les éditions homonymes ont suivi. Quelqu’un du journal où je travaillais alors m’a demandé pourquoi je faisais cela. J’ai trouvé cette question absurde et lui ai simplement répondu que j’en avais envie.

     

    Jean-Claude Montel, écrivain, cofondateur du collectif Change, avec qui j’avais travaillé au service correction, et qui vient de disparaître à Nantes dans une très grande solitude semi-volontaire, a collaboré à Passage d’encres jusqu’en 2009. En dehors de ses textes parus dans la revue et que nous rééditerons, il a coordonné trois numéros importants : « L’autre barré » (n° 5, xylographie de Jean-Paul Héraud), « Politiques de l’écriture » (n° 21, eau-forte d’Arne Aullas d’Avignon) et « Nulles parts » (n° 26, avec Yves Boudier, lithographie de Robert Groborne). Il a aussi a animé plusieurs rencontres, dont une pour la BPI (tipi-piazza, Centre Pompidou, 1998), pour laquelle j’ai réalisé une affiche.

     

     

    Les tâches organisationnelles et la recherche de financements représentent sans doute une grande part de votre activité ?...

     

    Ce travail, qui ne se voit pas (administration, recherche ou relance d’abonnés, etc.), en plus du travail sur la revue proprement dit (sélection et lecture des textes, conception artistique, maquette), soit la partie immergée de l’iceberg et sans doute la plus ingrate,  est le propre de nombreux revuistes ou éditeurs indépendants.

     

     

    Pourquoi ce nom : Passage d’encres ?

     

    Il faut l’entendre au sens de passeur, puis dans son acception graphique – en imprimerie, il y a autant de passages que de couleurs. Même en ces temps de dématérialisation extrême, ce nom ne me paraît pas contradictoire. En ce qui concerne le virtuel, j’ai créé deux revues en ligne : King-Gong / Infos, arrêtée, puis inks (prononcé comme lynx sans le l), actuellement en refonte.

     

     

    « Revue d’art et de littérature », dites-vous. Est-ce que cependant la balance penche plus d’un côté ou de l’autre ?

     

    Non. Sauf pour le n° 1, « Seul dedans » (1996), où il n’y avait qu’un dessin, un plan d’appartement et l’estampe en taille-douce de Patrick Jannin-Oms, textes et images ont à peu près la même importance dans la revue – je ne me réfère pas ici à leur nombre mais au sens.

     

    Passage d’encres a repris une tradition des revues de la première moitié du XXe siècle où littérature et art étaient intimement liés. Il y a une quinzaine d’années, les images, dans la majorité les revues qui en comportaient, venaient généralement simplement illustrer le texte. Les Cahiers intempestifs, Calamar, Frank, Fusées, L’Œuf sauvage, Supplément d’âme… ont apporté un souffle nouveau. Passage d’encres a parfois été copiée, mais Ralentir travaux et Fusées aussi. Les Nouvelles de l’estampe (BnF) proposent depuis peu un abonnement de tête avec une estampe...

     

    Mais, en ce qui nous concerne, nous ne publions pas systématiquement des auteurs connus. Il y a eu aussi, par trois fois, une revue dans la revue – OX, de Philippe Clerc (nos 11 et # 02), et la revue berlinoise Herzattacke, de Thomas Günter et Maximilian Barck (n° 27), qui comportait par ailleurs des estampes originales d’artistes contemporains.

     

     

    Chaque numéro s’inscrit dans une thématique. Comment se fait le choix des thèmes ?

     

    Les thèmes retenus constituent des univers particuliers, la ligne éditoriale de la revue et son format assurant la continuité. Ils révèlent rétrospectivement un travail sur la mémoire, ainsi que, pour la plupart, une trajectoire  personnelle, la mienne. Le thème, dans la revue, est librement traité, avec des variations ; il se dédouble en textes et en images qui courent en parallèle ou se croisent ; une image récurrente sert parfois de lien à des textes très différents.

     

    De plus en plus de numéros sont maintenant coordonnés par des auteurs, dernièrement: Jordi Bonells (38-39, « Argentines »), Pascal Vimenet (41, « Cinéma, XXIe s. »), Jean-Pierre Faye (42, « Le grand danger »), Piero Salzarulo (Italie, 43, « Représentations du sommeil »), Piet Lincken (Belgique-Suède, 44, « Transversale scandinave) ; Raharimanana et Johary Ravaloson (Madagascar, n° # 02). Cela permet d’éviter la répétition et une trop grande personnalisation.

     

     

    Et le choix des artistes ?

     

    Ce sont des réactions en chaîne où prévalent les affinités électives. En ce qui concerne Evelyn Ortlieb, par exemple, deux personnes évoluant dans deux sphères différentes m’avaient parlé d’elle, de son travail de sculpteur et de photographe. Je l’ai rencontrée, une amitié s’est créée... Des abonnés de la première heure sont devenus eux-mêmes des passeurs… On publie un auteur ou un artiste qui nous a contactés, qui nous est recommandé ou que l’on  a rencontré, et cela fonctionne, en deçà et au-delà des frontières. Pour la collection Leporello, je travaille avec Claire Nicole, peintre graveur, Sofi Eicher, relieur, et Raymond Meyer, tous trois basés en Suisse.

     

     

    Recevez-vous beaucoup de textes ?

     

    Oui. Cela s’est accentué avec les courriels. J’en refuse beaucoup – pas de style, pas de surprise. Il faut qu’un texte accroche son lecteur. Je n’aime pas les auteurs qui se répandent, la littérature ou l’art qui se revendiquent comme « féminins ». Pour moi, il y a la création, point.

     

    Nous privilégions désormais les textes sollicités ou recommandés par des membres ou des proches de la rédaction. A quelques exceptions près, récemment : Katia Roessel, Philippe Jaffeux…

     

     

    Passage d’encres me semble appartenir à une certaine tradition de la revue littéraire qu’on pourrait dire « de haut niveau théorique ». Comment vous situez-vous dans cette tradition et dans les débats qui animent (ou ont longtemps animé ?) la scène littéraire ?

     

    La revue publie des textes de création courts et longs, peu de critiques, des essais, dont certains seront réédités par la suite : « Du sein de la fiction » (Pierre Drogi), « Ecrire sans sujet » (Mathias Lair, 2012)…, la « Lettre à Benoit Peeters », de Jean-Pierre Faye, parue chez Germina sous le titre Lettre à Derrida. Passage d’encres se situe plutôt à côté de la scène littéraire et où on ne l’attend pas. Ailleurs donc et en décalage volontaire, mais pas moins concernée par ce qui se passe ici et dans le monde, et sans déclarations tonitruantes pour autant. Quant à la critique institutionnelle, y compris télévisée, elle fait peu cas des revues, comme l’a souvent déploré André Chabin, directeur d’Entrevues. Avec Internet, les lignes bougent, et il y a quelques sites de critique littéraire et artistique excellents.

     

     

    Les revues sur papier ont-elles encore un rôle à jouer dans le paysage littéraire et artistique ?

     

    Oui, plus que jamais. D’ailleurs, il en naît tous les jours autant qu’il en meurt. Les mooks (magazineS-books), qui ne datent pas d’aujourd’hui, connaissent un succès grandissant, telle la revue XXI, dont les journaux copient maintenant le style BD reportage, originaire des Etats-Unis (comics/graphic  journalism).

     

    Nous avons été abonnés en son temps à L’Autre Journal. Saluons donc ici Michel Butel et  son Impossible.

     

     

    Comment voyez-vous l’évolution à venir de la revue et des éditions auxquelles elle a donné naissance ?

     

    Une édition papier de qualité est la condition sine qua non pour coexister ou survivre au temps du numérique. Tout le monde n’a pas envie de publier des livres-champignons sur n’importe quoi, et c’est tant mieux.

     

    Pour nous, cependant, le papier va de pair avec Internet (plus de visibilité, coûts moindres), à terme : mise en place d’un site de vente en ligne ; lancement de la collection Numériques ; mise en ligne de plus d’ouvrages sur Gallica 2 (BnF) ; numérisation des séries I et II ; projet de portail (avec le CNL et c/i/r/c/é [Marché de la poésie])…

     

    J’arrêterai la revue quand j’en aurai envie, ou simplement assez. Il y a un an, j’ai réduit sa périodicité à 2 numéros par an pour réduire les coûts et  avoir plus de temps. Le programme des publications est fixé jusqu’à la mi-2014, inks est en refonte, etc. Je ne fais pas de projets à très long terme.

     

     

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    RÉFÉRENCES (mai 2015)

    • Collections : Documents - Leporello (bibliophie) - Numériques - Trait court - Trace(s).

    • Revue Passage d’encres (séries I et II, 1996-2013)

    Yves Boudier - Françoise Lachkareff (livres) - Martine Monteau, Sylvie Reymond-Lépine (art, musique) - Frater Rodriguez - Pascal Vimenet (cinéma).

    Christiane Tricoit, direction et conception artistique

    Marc Orban, infographiste.



    www.inks-passagedencres.fr

    • Catalogue

    • Critique : « Petites chroniques italiennes » (Françoise Lachkareff) - « Lectures de Christophe Stolowicki » - « Vu/entendu » (Sylvie Reymond-Lépine).

    • Passage d’encres III : textes et articles publiés ou inédits dans la revue ou dans l’une des collections.

    • Rubriques : « Vu d’ici »  (éditos) - « Les mots, la langue » : Aude-Lucie Ayo, Jean-Baptiste Mercey (« Ainsi dit »), Christiane Tricoit.

    Christiane Tricoit, direction, contenu et conception artistique.

    Moulin de Quilio - 56310 Guern.

     

     

     

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    Le Bateau ivre, xylographie de Frank Eissner (All.) (PdE n° 36-37, 2009)

     

     


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